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 L'avenir d'une illusion - séance 3

Lecture proposée par Marie-Pierre Frondziak - Vendredi 2 décembre 2016 - 20h / 22h

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Chapitre III.

La religion comme possession psychique de la civilisation qui nous permet de supporter notre triste condition, mais qui repose sur un modèle infantile et illusoire.

Début chap. III

Si nous nous rappelons ce que nous avons vu à la fin du chapitre II : l’expression de la sublimation sous la forme de valeurs ou de créations devient une possession psychique valorisante de la civilisation. De la même façon, la religion en représente également une, et Freud nous dit à la fin du second chapitre qu’il s’agit de : « la pièce la plus importante peut-être que comporte l’inventaire psychique d’une civilisation ». Freud va donc maintenant aborder les représentations religieuses. Pour cela, il s’agit d’étudier les fonctions de la religion en application des principes vus en I et II. Il reprend donc son raisonnement. Ainsi, si on laisse libre cours aux désirs, c’est-à-dire si on ne refoule plus, évidemment on peut imaginer que cela donnera lieu à beaucoup de satisfactions. Freud prend une suite d’exemples pour illustrer cette idée : abuser des femmes, tuer, voler … A nouveau toute ressemblance avec des faits existant ou ayant existé est involontaire … Arrêtons-nous un instant. La barbarie vise la destruction de siècles de civilisation à tous les niveaux : moral, esthétique, rationnel … et il apparaît que là où le Moi était enfin advenu, le Ça revient en force, alors que Freud concluait ses Nouvelles Conférences (1932) en disant : « Là où est le Ça, le Moi doit advenir », c’est-à-dire que le Moi, raisonnable et rationnel, devait se substituer au Ça pulsionnel, irrationnel et destructeur. Avec le retour de la barbarie, ou même l’avènement de la barbarie, on assiste à une profonde régression, le Moi est désintégré, les pulsions refoulées s’expriment brutalement, le barrage a cédé. Et on voit à l’œuvre les pulsions de mort, car cette fuite en avant, cette folie de détruire est d’abord auto-destructrice. Et on tient tout le monde par la peur et le mensonge. La haine des autres n’est que la haine de soi déguisée en désir de domination. Non seulement on fait alors face à la désublimation, et on opère donc un retour à l’animalité en nous que les hommes essaient de nier depuis leur émergence, mais de plus nous désirons tous foncièrement les mêmes choses et nous devenons alors tous ennemis les uns des autres. Bien sûr, nous sommes déjà en concurrence les uns avec les autres, mais justement de manière civilisée ! Enfin, nous essayons … Et donc, dans une situation de désublimation complète, seul celui qui parvient à dominer tous les autres peut réellement satisfaire tous ses désirs. C’est la figure du tyran qui dicte la loi, mais à une condition tout de même, c’est que l’un des trois interdits universels soit respecté: ne pas tuer, sinon il serait lui-même la cible potentielle d’un autre. Or, nous savons que si ces interdits existent, c’est parce qu’ils sont transgressés. Donc même la position du tyran, dans cette situation, est très précaire !

Et l’on retrouve alors l’état de nature décrit par Hobbes, dans lequel « l’homme est un loup pour l’homme ». Freud reprendra d’ailleurs cette idée aussi dans Malaise dans la civilisation. En effet, l’état de nature, qui n’est qu’une hypothèse théorique et qui n’a sans doute jamais vraiment existé pour l’homme, car justement l’apparition de l’homme est liée à l’entrée dans la culture, cet état de nature donc est un état de guerre permanent de chacun contre chacun et s’il avait vraiment existé, l’espèce humaine aurait disparu depuis longtemps ! Alors, certes la civilisation est répressive, mais la nature c’est encore pire ! La nature ne fait pas de quartiers. Et c’est justement pour se protéger de la nature et résoudre leurs besoins dans cette nature que les hommes se sont rassemblés et qu’ils ont mis en place des règles pour pouvoir vivre ensemble, c’est-à-dire qu’ils ont créé la civilisation. Cette dernière a donc une tâche éminemment pratique, qui consiste à résister à la nature et nous en protéger. Cela est possible par l’invention de la technique, concomitante de l’apparition de la civilisation, et par le développement des sciences. Les hommes ont développé le savoir par souci de compréhension du monde, mais d’abord par nécessité de survivre dans ce monde. Les humains sont des êtres physiquement extrêmement démunis : ils ne sont pas forts, pas rapides, n’ont pas de défenses naturelles comme des cornes ou des griffes, etc. Et pourtant, grâce au développement de leur technique et de leur science, donc grâce à la civilisation, ils sont devenus les plus grands prédateurs de la planète. Et des progrès sont encore possibles. Depuis l’écriture de cet ouvrage, nous avons fait énormément de progrès dans les sciences et techniques (en médecine, en physique, en biologie, en chimie, etc.). Toutefois, Freud note, avec raison, l’impossibilité d’une domination totale de la nature (alors que Descartes croyait que les hommes deviendraient « comme maîtres et possesseurs »). La nature reste infiniment plus puissante que l’homme (là encore Spinoza disait la même chose) : catastrophes naturelles, maladies ... Et le problème clé reste bien celui de la mort contre laquelle nous sommes complètement démunis. Face à cette impuissance, les hommes s’unissent et sont parfois capables d’actes solidaires. Mais c’est aussi pour cela que sont apparues les religions. En effet, le religieux s’enracine dans notre angoisse de mortels qui se savent mortels. D’ailleurs, la science contemporaine nous promet l’immortalité (recherches sur l’embryon et les cellules souches) et donc elle fonctionne très souvent et pour le grand public sur un mode proprement religieux.

L’individu est donc confronté non seulement aux dommages que lui impose la civilisation (répression pulsionnelle) mais aussi à la puissance de la nature ce qui l’angoisse et représente une « atteinte au narcissisme naturel », c’est-à-dire au fait que l’individu s’aime et cherche à se conserver.

Extrait 1 : p.55 : « Nous savons déjà … » à p.56 : « … maîtriser la situation. »

Nous l’avons vu dans les chapitres I et II : les hommes résistent aux contraintes de la civilisation de diverses manières (violence canalisée ou hostilité ouverte, destruction, etc.). Mais face à la nature, et là nous sommes tous logés à la même enseigne, nous sommes tous identiquement vulnérables, de quelles forces disposons-nous ?

Face aux forces naturelles extérieures, la civilisation, et cela de manière générale, rassure l’individu. C’est aussi son essence que de donner du sens au monde, et donc de le subir moins et de le maîtriser davantage. Elle rend le monde moins effrayant et fait même parfois oublier à l’homme qu’il est mortel. La civilisation, en humanisant le monde, permet de réconforter les individus. Et donc le désir de savoir, entretenu pour des besoins pratiques de survie, apparaît finalement comme secondaire. Ce qui importe, c’est d’être rassuré, même d’être assuré.

Il s’agit donc d’humaniser la nature, de la rendre moins étrangère, donc plus familière. Il s’agit d’y laisser nos traces et de reconnaître que ce sont nos propres traces (cf Hegel et Marx). Et de fait, le monde autour de nous est un monde humain (nature modifiée, constructions, mais aussi communication, transports …). De plus, en attribuant à la nature nos propres tourments et nos propres passions, par une sorte d’anthropomorphisme, de personnification, nous croyons mieux la comprendre et nous croyons pouvoir nous la concilier : il est moins angoissant d’être soumis à une puissance personnelle (compréhensible « de l’intérieur ») qu’à des forces aveugles. Nous pouvons ici faire appel à l’analyse de Spinoza, en particulier à l’appendice du livre I de l’Éthique. Spinoza explique que les hommes croient que les Dieux, ou Dieu, ont créé le monde et les hommes, c’est-à-dire la nature. Mais il s’agit d’un préjugé qui fait de Dieu, ou des Dieux, la projection d’une image de l’homme. Ce préjugé, c’est le préjugé « finaliste », celui qui inverse justement l’ordre des causes et des effets et prétend que l’effet est la vraie cause : « les hommes supposent communément que toutes les choses naturelles agissent comme eux, à cause d’une fin, et vont même jusqu’à tenir pour certain que Dieu lui-même règle tout en vue d’une certaine fin précise. » Les hommes ont ainsi tendance à croire que la nature a été voulue et conçue par une volonté supérieure, et tout cela pour eux. Cette croyance aux causes finales est donc une sorte de rationalisation de ce qui guide l'homme dans la réalisation de ses désirs. Spinoza fait ainsi une véritable généalogie des superstitions religieuses. Les hommes inventent des êtres dont ils ignorent évidemment tout et sur qui ils projettent ce qu’ils savent d’eux-mêmes. Ainsi ces « recteurs » de la nature doivent agir comme des hommes en vue de fins humaines et par le moyen d’une liberté humaine. Si les dieux disposent la nature pour la convenance des hommes, ce doit être parce qu’ils en attendent quelque chose en retour, que les hommes les honorent et leur rendent un culte. Le passage décisif est celui-ci : « D’où vint qu’ils inventèrent, chacun à partir de son propre tempérament, différentes manières d’honorer Dieu, pour que Dieu les chérit plus que tous les autres et destinât la nature entière à l’usage de leur aveugle cupidité et de leur insatiable avarice (avidité). Et c’est ainsi que ce préjugé tourna à la superstition, et fit dans les esprits de profondes racines ; ». Pourtant, selon Spinoza, ceux qui veulent montrer que « la nature ne fait rien en vain », « ne montrèrent rien d’autre, semble-t-il sinon que la nature et les Dieux délirent tout autant que les hommes. » L’expression « la nature ne fait rien en vain » revient comme un leitmotiv dans les écrits d’Aristote et ici Spinoza assume clairement la polémique des rationalistes contre la philosophie aristotélicienne. La comparaison de la superstition religieuse au délire sera un thème fréquent des penseurs des Lumières. On la retrouvera aussi ici un peu plus loin sous la plume de Freud qui définit la croyance religieuse comme « idée délirante ». Pourquoi s’agit-il de délire ? Tout simplement parce qu’il y a dans la superstition un déni du réel. Évidemment, dans la nature beaucoup de choses vont contre les intérêts des humains (maladies, tempêtes, catastrophes naturelles, etc.) et de plus ces choses frappent indistinctement les hommes pieux et les méchants. Ce simple constat devrait suffire pour remettre en cause le préjugé selon lequel tout est ordonné en vue du bien des hommes. Mais « ils tinrent pour certain que les jugements des Dieux échappent de très loin à la prise de l’homme ». On attribue à l’un des pères de l’Église, Tertullien (carthaginois du 2ème siècle), la formule « je crois parce que c’est absurde » (credo quia absurdum) ! Sans aller à cette extrémité, il s’agit de la croyance sans preuve rationnelle et même au mépris des preuves rationnelles. Les hommes sont en proie aux illusions car ils ont peur, peur de la puissance de la nature et peur de leur finitude. Aussi, les forces personnifiées de la nature peuvent ainsi être apprivoisées, on peut marchander avec elles… Ceci explique que les premières formes religieuses sont des divinités naturelles (animisme) qu’on retrouve aussi dans les polythéismes (Poséidon = la force de la mer, Zeus = l’orage, etc.). Évidemment, il s’agit d’une pure illusion, mais une illusion consolatrice. La maîtrise de la nature ainsi offerte en la psychologisant est une maîtrise « magique », puisqu’en réalité la nature reste la même, mais en même temps cette illusion nous permet de sortir de la peur et donc d’agir. Ainsi indirectement, nous pouvons avoir une certaine maîtrise de la nature.

Extrait 2 : p.57 : « Car cette situation … » à p.58 : « … dans la civilisation. »

Freud va donner à tout ceci une explication par la psychanalyse : la naissance de la religion a un « modèle » infantile. La religion correspond à l’angoisse du petit enfant : le désarroi (Hilflösigkeit). Celui-ci est dans une dépendance à la fois physique et psychologique : il n’a pas de défense et a besoin d’amour pour grandir. Aussi, la crainte et la demande d’amour qui président à la construction du petit d’humain, vont être projetées dans la religion. C’est elle qui à la fois va nous imposer des règles de comportement, la religion étant la première forme de morale mise en place par les hommes, règles auxquelles nous obéissons au risque sinon d’être punis. Mais si nous y obéissons, nous gagnons en retour la protection, et même la vie éternelle … Notre désir est alors réalisé : nous sommes aimés et nous n’avons plus rien à craindre. Mais il s’agit pour Freud d’une satisfaction illusoire. Il la compare avec celle qui se réalise par l’intermédiaire du rêve, sachant que tout rêve est la réalisation déguisée (imaginaire) d’un désir refoulé (inconscient). Pour cela, il fait visiblement appel à l’un de ses propres rêves … Ainsi, quand je rêve que je meurs et que j’ai très peur, il y a un retournement de situation, cela se transforme en paradis ! Et c’est la même chose avec la religion : elle transforme la peur de la mort en espérance d’un paradis et d’une vie meilleure. La peur de la mort peut alors être conjurée. La religion ne sert pas qu’à nous faire mieux supporter le monde dans lequel nous vivons, mais nous permet de supporter le tragique de notre condition d’être mortel.

La page 57 se termine sur un point délicat. En effet, pour Freud il y aurait équivalence entre ontogenèse (individu) et phylogenèse (le vivant dans son évolution). L’histoire de l’humanité et le développement psychique du petit d’homme se correspondraient. En arrière-plan de cette affirmation, il y a la thèse du darwinien Haeckel (philosophe et biologiste allemand, 1834-1919), inventeur de l’écologie, qui soutient que « l’ontogenèse récapitule la phylogenèse ». Ainsi, lors de son développement, l’embryon humain repasserait par toutes les phases de l’évolution (queue, branchies, etc.). C’est une idée très séduisante, mais qui est discutable. En tout cas, elle a été remise en cause par la biologie. Et on peut considérer a fortiori qu’elle est aussi excessive concernant le fait que la religion serait inscrite dans nos gènes et qu’elle représente un stade nécessaire par lequel passerait l’humanité ! Et surtout, elle place l’analyse de Freud dans un cercle : la psychologie explique l’histoire de la civilisation et celle-ci explique la psychologie !

Enfin, la dernière partie de l’extrait pose la question de l’efficacité de la science. La science « déshumanise la nature » (contre le finalisme et l’anthropomorphisme) mais laisse intact le désarroi de l’homme (notamment l’angoisse face à la mort). Ce qui explique que les religions se maintiennent alors même que leur valeur explicative de la nature a été réfutée. La triple mission des dieux demeure : se protéger de la nature, de la caducité du corps et des difficultés de la vie avec les autres ! Problème : plus loin Freud pense que l’humanité aurait tout intérêt à substituer la raison aux croyances religieuses et on obtiendrait ainsi une meilleure réconciliation de l’homme avec la civilisation. Mais est-ce possible, si on suit l’analyse conduite ici ?

 

P. 58 à 62 : résumé

Au fur et à mesure du temps et du progrès des connaissances, on s’aperçoit que les dieux n’ont aucune influence sur la nature, ni sur la mortalité humaine et qu’il nous faut bien admettre notre condition d’êtres finis. La religion ne sert plus alors qu’à remplir la troisième mission : nous dédommager des difficultés de la vie avec nos semblables, et prend alors un aspect exclusivement moral de prescriptions. En cela, elle permet à la civilisation de perdurer car la loi morale relèverait d’une puissance transcendante que nous devons craindre. En effet, à condition que nous nous comportions bien, la religion nous promet une vie meilleure après la mort et une récompense pour notre vie exemplaire. Comment sinon serait acceptable une vie faite de souffrance où règne l’injustice, où les méchants s’en sortent mieux ? … Quel sens cela aurait-il ? La vie ne peut être aussi injuste. Aussi, peut-être que ma vie est difficile sur terre, mais si je me conduis bien je serai récompensé dans l’au-delà par un Dieu qui concentre toutes les qualités, qui est bon et nous protège. Et bien sûr les méchants seront punis et condamnés aux pires supplices. Nous ne pouvons ici nous empêcher, de penser, à propos de la religion, à ce que Freud appelle le « travail » de la pulsion de mort. En effet, si nous nous rappelons, la pulsion de mort nous incite à retrouver un état antérieur inanimé, sans séparation et sans souffrance, car sans conscience. Cette pulsion inspire ainsi à une existence sans tension, sans conflits, à une sorte de « repos éternel ». C’est pourquoi sans doute les religions nous promettent-elles le « paradis », la béatitude : c’est la pulsion de mort à l’œuvre tournée vers l’individu. Quand elles menacent de l’enfer, c’est la pulsion de mort retournée en son contraire. Dans les deux cas, c’est l’opposé de la vie. Mais revenons à notre généalogie. Avec l’apparition des religions monothéistes, d’abord le judaïsme, Dieu va concentrer toutes les qualités morales que cherche à nous imposer la civilisation. Dieu devient alors un père qui nous protège et on retrouve à nouveau le modèle infantile. D’ailleurs, pour que sa « démonstration » se tienne, Freud affirme que l’on retrouve ce père primitif, ce premier Dieu des Égyptiens Aton dont parlera Freud dans Moïse et le monothéisme, que nous avons évoqué dans l’introduction du séminaire de cette année. Le peuple juif se considère comme le peuple élu, aimé de Dieu et les Américains n’hésitent pas à affirmer que leur pays est celui de Dieu !

Il s’agit pourtant de comprendre que la valeur que les représentations religieuses présentent pour les hommes est : « le bien le plus précieux de la civilisation ». Elles sont estimées à un plus grand prix que les techniques utiles à la vie, car elles nous rassurent et nous consolent. Elles nous disent aussi comment nous devons nous conduire, nous disent ce qui est bien, ce qui est juste. Bref elles donnent du sens et de la valeur à l’existence. Ce qui explique pourquoi les hommes peuvent sacrifier leur vie pour des causes religieuses. Freud précise qu’il s’est surtout attaché à notre civilisation et donc à la religion chrétienne. Mais le principe est le même dans toutes les religions. La croyance est la même, l’aveuglement aussi, puisque les représentations religieuses n’empêchent pas le mal et l’horreur de ce monde.

Aussi cette valeur que les hommes donnent aux représentations religieuses, pour Freud n’en est pas une. Il s’agit alors de s’interroger sur leur valeur réelle.

La fin de ce chapitre récapitule ce qui précède et annonce la suite : la description de la religion comme illusion (délirante) et sa fin annoncée quand l’humanité arrive au stade adulte, celui de la raison.

 

Chapitre IV.

La religion est culturelle, elle ne répond à aucune finalité naturelle, mais a été inventée par les hommes pour se réconcilier avec la cruauté de leur destin.

Il s’agit, dans ce chapitre, de comprendre comment s’explique le passage des dieux de la nature au dieu impersonnel des religions monothéistes, construit par analogie avec le passage de l’attachement à la mère à l’attachement au père.

Ce quatrième chapitre commence par un effet de rhétorique : pour ne pas éluder les questions difficiles et périlleuses, et pour pallier le trop d’assurance qui masque le manque de certitude (Freud n’est pas psychanalyste pour rien!), Freud va s’inventer un contradicteur. Comme l’indique la note de bas de page, cet adversaire est réel, il s’agit du Pasteur Pfister, qui a été un véritable défenseur de la psychanalyse. Nous allons suivre cette discussion argument après argument.

- 1er argument : dire que la civilisation a créé aussi bien les moyens de la survie humaine que les représentations religieuses demande à être justifié. En effet, autant on peut comprendre le processus progressif de la mise en place des techniques, des explications, des règles de vie, par les hommes eux-mêmes car tiré de leur expérience, de leur vécu, autant il est plus difficile d’accepter l’idée selon laquelle les hommes eux-mêmes auraient inventé la religion. Car c’est bien de cela dont parle Freud. Pour un croyant, la religion ne peut pas être « inventée » par les hommes, sinon c’est tout son édifice et son dogme qui s’effondrent. La religion est toujours ou une « religion naturelle », c’est-à-dire rapidement qui s’apparente à une forme de conduite morale comme on la trouve chez Rousseau, ou une « religion révélée » comme on la trouve dans les religions monothéistes. Pourquoi « révélée » ? Parce que si Dieu existe, la religion préexiste aux hommes et leur est révélée par un prophète, un messager (Moïse, Jésus, Mohammed) chargé de transmettre la bonne parole et d’indiquer les rites à pratiquer. Dans les trois monothéismes, nous trouvons ces constantes : un fondateur, des livres sacrés, un culte et une organisation sacerdotale. Du point de vue du croyant, cela n’est pas inventé par les hommes, mais « révélé » par Dieu par l’intermédiaire d’un élu. Donc évidemment, dire que la religion est créée au même titre que la civilisation heurte le croyant.

Pour répondre, Freud reprend l’argument évoqué dans le chapitre précédent : pour se protéger de leur caducité face à la nature, les hommes ont eu besoin d’inventer des explications, certes illusoires, mais rassurantes, afin que la pulsion de mort ne triomphe pas de la pulsion de vie. De plus, la religion permet de supporter les sacrifices exigés par la civilisation : le renoncement à l’expression des pulsions et à leur satisfaction. Marx ne disait rien d’autre lorsqu’il disait que « la religion est l’opium du peuple. » Cela ne signifie pas que la religion endort le peuple, le fait se tromper de monde, encore que …, mais qu’elle l’aide à supporter l’existence qui lui est faite par ceux qui le dominent. Et c’est pourquoi Marx ne dit pas qu’il faut supprimer la religion, mais qu’il faut supprimer les conditions pénibles d’existence qui contraignent les hommes à se tourner vers des chimères. Ce qu’il faut mettre en question, ce n’est pas d’abord la religion elle-même, mais ce monde créé par les hommes et qui a besoin de religion pour être supportable. Pourtant, si la religion semble exister de toute éternité et Dieu avec, sinon ce ne serait plus Dieu, c’est parce que l’idée religieuse apparaît avec l’humanité, au même titre que la technique et la parole, c’est-à-dire avec l’émergence de la conscience, avec la capacité de se représenter le monde et de se représenter soi-même dans le monde. Elle peut paraître éternelle, alors que pour Freud elle n’est en réalité que culturelle et se transmet par héritage, non par hérédité. Elle n’est donc pas une « révélation », sinon l’on ne s’expliquerait pas les différentes formes qu’elle a prises au cours du temps.

- 2ème argument : il s’agit de l’argument finaliste que nous avons évoqué dans le chapitre III. Les hommes humanisent la nature pour la rendre moins étrangère et plus rassurante. Ils croient, par anthropomorphisme, retrouver dans la nature leurs propres intentions. Mais le contradicteur de Freud affirme que cela est naturel à l’homme, au sens où cela est inscrit en lui par une volonté supérieure car sinon comment expliquer ce miracle de la coïncidence entre sa détresse et les réponses qu’il trouve ? Pour rappel : « la nature ne fait rien en vain.» ...

A cela Freud répond d’abord que cela n’est pas naturel, sinon les hommes n’auraient jamais cherché à développer leurs connaissances. Celles-ci sont d’abord motivées par des raisons de nécessité, peut-être ensuite par des raisons désintéressés. Par ailleurs, il affirme qu’il ne s’agit pas de l’expression d’une volonté supérieure, mais de la réitération d’un processus justement d’humanisation. Il rappelle que le petit humain, pris à la fois dans une dépendance physique et une dépendance affective, a besoin de ses semblables pour survivre. Pour cela, il accepte de leur obéir, de renoncer à ses pulsions, et en contrepartie il obtient d’eux le soutien, l’amour, la reconnaissance et même les récompenses. Ce processus initial préfigure et explique son mode de fonctionnement futur. Freud ne récuse pas l’idée que les hommes procèdent par mimesis et par anthropomorphisme, mais il donne une explication rationnelle, et non naturelle, à cette attitude.

- 3ème argument : dans Totem et tabou, Freud a expliqué l’origine de la religion par l’analogie du rapport père/fils. Ainsi, la religion reproduirait ce rapport sublimé de protection : Dieu protège les hommes, comme le père protège son fils. La religion ne serait que le résultat de cette projection. Dans ce livre, il semblerait que Freud donne une autre explication à l’émergence de la religion. Celle-ci ne serait plus issue de ce premier rapport, mais du sentiment d’abandon de l’enfant. Par analogie, c’est parce que l’homme se sent en déréliction, qu’il se tourne vers Dieu pour lui demander protection.

En réalité nous dit Freud, il s’agit de la même chose : ce serait ce sentiment d’abandon qui ferait que l’enfant s’attacherait au père. Mais répondons d’abord sur Totem et tabou. Freud explique que cet ouvrage ne visait pas à expliquer le fait religieux tel que nous le connaissons, mais le totémisme. Nous ne nous y attarderons pas, nous en avons parlé dans l’introduction du séminaire de cette année. Retenons seulement qu’il peut être considéré comme l’ancêtre des religions actuelles, comme l’une des premières religions.

Arrêtons-nous maintenant sur cet extrait qui court jusqu’à la fin du chapitre.

Extrait 1 p. 67 : « Pourquoi le dieu animal ... » à p. 69 : «  … tel que la civilisation le transmet à l’individu. »

Totem et tabou était un début, une première approche, une première esquisse, mais l’Avenir d’une illusion ne vient pas en contradiction avec ce qu’il y a été dit. Éclairer, expliquer, préciser n’est pas se contredire. Ou en tout cas, il ne s’agit que d’une contradiction apparente, comme entre le contenu manifeste et le contenu latent d’un rêve qui finalement ne disent que la même chose. Ainsi, plutôt qu’une remise en question, l’Avenir d’une illusion est un prolongement, un approfondissement de Totem et tabou. Si l’enfant craint et en même temps admire son père, c’est parce qu’il se sent complètement vulnérable : il a donc peur de lui, mais a besoin également de sa protection : c’est la « motivation manifeste ». Par transposition, ou par anthropomorphisme si naturel à l’homme, il projette cette peur et ce besoin de protection sur un être supérieur imaginaire : c’est la motivation latente. Tel est le raisonnement de Freud.

Reprenons : l’enfant tourne d’abord ses pulsions de vie vers la première personne qui s’occupe de lui, sa mère ou son substitut. C’est elle qui lui assure la satisfaction de ses besoins, il ne fait qu’un avec elle. Elle lui épargne souffrance et angoisse. Par transposition, les dieux de la nature assurent la même fonction : ils pourvoient à nos besoins et nous protègent, sans être séparés de nous. Mais l’enfant doit ensuite, pour s’humaniser, accepter la coupure d’avec la mère et accepter l’entrée dans le symbolique et sa loi : c’est le rôle du père. Ce dernier est tout autant admiré que haï : il représente à la fois le secours et la menace, c’est pourquoi les fils finissent par le tuer (voir Totem et tabou). Freud nous dit que « les indices de cette ambivalence du rapport au père sont profondément inscrits dans toutes les religions ». On pourrait effectivement faire le parallèle avec le Christianisme, je ne connais pas suffisamment les deux autres monothéismes, dont la mise en place commence par la mise à mort du Christ.

S’ils se sentent menacés quand ils sont enfants, les hommes s’aperçoivent en grandissant que cette menace est inhérente à leur existence. C’est pour cela en quelque sorte qu’ils vont demeurer des enfants ayant besoin d’une protection supérieure. Ainsi, malgré toutes les inventions culturelles, la détresse humaine demeure et les hommes, de tous temps, ont ressenti ce besoin de protection, besoin de rendre supportable cette détresse. C’est le rôle que jouent les dieux. Ils ont pour tâche de nous réconcilier avec la cruauté du destin et de nous dédommager des souffrances et des privations que la vie en commun nous impose. Le Dieu unique, seconde étape, va concentrer toutes les qualités divines. C’est un père exalté, qui représente la nostalgie de ce père qui nous protégeait. Avec l’idée d’un Dieu protecteur, à la pensée d’un règne bienveillant de la Providence divine, l’angoisse humaine peut diminuer. Cependant, les idées religieuses sont des illusions, car elles représentent la réalisation des désirs les plus anciens de l’humanité (protection et amour) et ne tiennent pas compte des rapports de cette croyance à la réalité. La religion est ainsi une création humaine : les hommes ont produit l’idée dont ils avaient besoin et, oubliant ce processus de production, ils cèdent à l’illusion de l’existence objective de ce produit.

 

 

 

Chapitre V.

Il n’existe pas de preuves rationnelles de la religion, la religion est donc au-delà (en-deçà ?) de la raison.

Comment qualifier ces représentations religieuses ? Il ne s’agit pas, selon Freud, de vérités révélées qui nous préexisteraient, c’est ce qu’il a montré précédemment. Les idées religieuses n’existent pas en dehors de l’esprit humain, elles en sont donc le fruit. Mais aux yeux du croyant, elles ne constituent pas une conséquence des réflexions humaines, puisque pour lui elles en sont au principe. Comment cela est-il possible ? Freud utilise la notion d’ « axiomes », cela dit à mauvais escient.

Expliquons-nous et pour cela voyons comment cela se passe en sciences. Les axiomes ou théorèmes qui sont posés au point de départ des démonstrations sont ou des demandes d’accord non démontrées (ex : 5ème axiome d’Euclide : «Le tout est plus grand que la partie ») ou le résultat d’inductions (c’est-à-dire la généralisation d’un certain nombre de cas sous une règle : tous les corbeaux observés à ce jour sont noirs, j’en induis que tous les corbeaux sont noirs). Dans les deux cas, il s’agit d’abord de constater et de généraliser ou de fabriquer les principes (princeps : ce qui vient en premier) dont on a besoin pour démontrer les propositions qu’on pense justes. Donc les principes sont bien le résultat de ce que l’on a besoin pour démontrer ou faire la preuve.

Dans sa confusion, Freud nous donne une autre explication qui est certes juste, mais qui ne s’appuie pas sur l’idée d’axiomatisation. Très rapidement, il nous dit que nous acceptons un certain nombre de savoirs qui ont été démontrés par d’autres mais que nous ne prenons pas le temps de vérifier par nous-mêmes. Nous considérons à juste titre qu’il s’agit de savoirs et que nous pouvons faire confiance aux scientifiques. Nous savons que la terre tourne, même si nous sommes incapables d’en faire la démonstration à titre individuel. A ce propos, Freud fait ici encore une confusion : le pendule de Foucault (visible au Panthéon et au Musée des arts et métiers) ne fait pas la preuve que la terre est une sphère, mais qu’elle tourne sur elle-même. Cela dit, comme la démonstration ou la preuve rationnelle sont en droit universelles (valables pour tout esprit doué de raison) et nécessaires (je ne peux que les accepter une fois que je les ai comprises), je peux parcourir par moi-même ce chemin balisé si je le décide.

Même si Freud fait une confusion sur la notion d’axiome, il n’en reste pas moins que celle-ci reste éclairante pour expliquer les idées religieuses. Ainsi, si nous appliquons le concept d’axiome à l’existence des idées religieuses, qui peuvent représenter en quelque sorte une « solution » à notre détresse, nous pouvons alors affirmer avec Freud qu’elles sont des principes mis au départ de notre réflexion, mais principes dont nous avons oublié que nous les avons fabriqués pour faire la preuve du sens de notre existence et sans lesquels celle-ci serait proprement insupportable et injuste. Ces principes ont donc alors la plus grande valeur qui soit, tellement grande que nous leur donnons une valeur objective, c’est-à-dire que nous avons fini par croire qu’ils existent indépendamment de nous.

Aussi, nous pouvons dire que ce que l’on appelle axiomes en sciences se nomment dogmes en religion. Freud reprend le raisonnement qui fait que l’on est tenu d’admettre ces dogmes. En premier lieu, s’avance l’argument d’autorité : on doit y croire parce que nos ancêtres y croyaient. L’argument d’autorité, par les anciens, est très conservateur : il conserve ce que les hommes se transmettent et qu’il ne faut pas mettre en question sous risque sinon de provoquer le chaos. Cependant, les hommes ne « fonctionnent » pas effectivement comme cela, en tout cas pas toujours. Si nous en étions restés à ce que nos ancêtres « savaient » et nous ont transmis, nous continuerions de croire que la terre est au centre de l’univers et les connaissances n’auraient pas progressé. Donc cet argument n’est pas acceptable : l’ancien n’a pas plus de valeur que le nouveau, il peut servir de point de départ, mais pas de point d’arrivée. Donc pour s’affirmer, la religion ne peut prétendre qu’elle existe parce qu’elle a toujours existé, c’est une pétition de principe, non un argument. En second lieu, nous détenons des preuves. Mais tout dépend ce que nous appelons preuves : témoignages, écrits concordants, datés, miracles attestés, apparitions, révélations … Nous savons aujourd’hui que la bible que nous croyions datée du 12 ou 13ème siècle avant JC n’aurait été écrite qu’entre les 8ème et 2ème avant JC, ce qui laisse malgré tout une grande marge … De plus, ses textes sont contradictoires, ont été falsifiés, etc. ils sont donc difficilement recevables. Ces preuves ne reposent en réalité que sur des ouïes-dires et donc, par définition, ne sont pas des preuves. Enfin, il est hors de question d’interroger ces dogmes sous risque d’être accusé sinon de blasphème. En science, une proposition infalsifiable, c’est-à-dire une proposition qu’on ne peut pas interroger pour en vérifier la solidité ou la faiblesse, n’est pas une proposition recevable. C’est une proposition qui ne relève pas d’un savoir rationnel, mais de la simple affirmation, de la simple croyance. Et c’est donc bien de cela qu’il s’agit ici. Pour Freud, si la religion refuse le questionnement de ses dogmes, c’est justement parce qu’ils ne reposent pas sur des justifications rationnelles, et qu’elle le sait très bien. Plus exactement, notre Inconscient a enfoui tout au fond de lui, a « oublié » que c’était les hommes qui avaient inventé l’idée dont ils avaient besoin, et comme dans la névrose, le sujet (ou les sujets) détient un savoir dont il ne veut pas avoir connaissance, il le refoule car il mettrait trop en péril son existence. Or la religion se présente comme ce qui fonde notre humanité et le sens de notre existence. Ce qui est pour le moins problématique …

Cela l’est d’autant plus que bien évidemment les hommes, au long de l’histoire, ont eu des doutes. Certains les ont assumés et l’ont parfois payé de leur vie. D’autres ont développé des névroses … Il ne faut pas oublier que dans l’histoire, la religion a quasiment toujours été l’allier du pouvoir et par là-même un instrument de domination.

Donc il faudrait qu’au moins l’un de ces dogmes soit prouvé pour qu’on y croie ! Si les preuves venues du passé ne peuvent y prétendre, tournons-nous vers le présent. Le premier « argument », et non pas des moindres pour les croyants : l’âme existe en dehors du corps et est donc immortelle. Les « spirites » affirment en donner une preuve expérimentale (les tourneurs de tables qui s’adressent à l’esprit des morts !). Mais ce ne sont que des niaiseries, nous dit Freud, même si des grands hommes leur ont donné crédit (Victor Hugo ou le colloque de Cordoue de 1979 qui prétendait faire croire à la kinesthésie et à la transmission de pensée !).

Comme il n’y a visiblement pas de preuves, chassons le problème : credo qui absurdum ! Nous en avons parlé plus haut. Et voilà le tour de force : la religion est au-delà de la raison, la foi n’est pas rationnelle, c’est un acte de grâce, une expérience intérieure ! Donc pas besoin de preuve, et seul celui qui n’est pas touché par la foi la réclame. A celui qui est illuminé, la puissance de Dieu suffit. Du réel on passe à l’imaginaire, de la physique on passe à la métaphysique. Et malheureux celui qui n’est pas touché par la grâce. On peut penser qu’il fait allusion aux mystiques ou à Kierkegaard. Mais cette expérience est par définition incommunicable. Cela dit, ça veut dire aussi qu’il n’en est pas responsable et que n’est pas croyant qui veut. D’où aussi l’absurdité de vouloir convertir les hommes sans leur consentement. Mais le fanatisme n’est pas la vraie religion … Freud réaffirme ici qu’il n’y a  pas « d’instance au-dessus de la raison » et se situe bien dans la tradition des Lumières.

Enfin, Freud fait appel à la philosophie du « comme si … ». Il fait référence à H. Vaihinger (philosophe allemand, 1852-1933, spécialiste de Kant). Mais c’est précisément Kant qui parle de philosophie du « comme si … ». Très rapidement, dans sa Critique de la raison pure, Kant procède à l’analyse des pouvoirs et des limites de la raison, et par là de la connaissance humaine. L’homme ne peut connaître que des objets susceptibles d’expérience, c’est-à-dire qui existent réellement. Ce qui « existerait » hors du champ de l’expérience ne peut pas être déclaré complètement impossible, mais ne peut être prouvé. Pourtant, nous avons l’idée d’âme, l’idée de liberté, l’idée de Dieu … Ce sont des idées qui viennent de la raison nous dit Kant, idées qui sont des principes régulateurs qui nous indiquent comment agir, mais qui ne nous assurent pas de connaissance, pas d’explication. Le « parce que » doit laisser place au « comme si », la raison doit laisser place à la foi.

Toutefois, comme le fait remarquer Freud, si un philosophe peut se satisfaire de ce genre de principe théorique, il n’en va pas de même pour le commun des mortels. En effet, justement parce qu’ils sont mortels et que cette condition leur fait horreur, ils ne peuvent accorder de crédit à celui qui demanderait de faire comme si c’était vrai. Cette peur est tellement ancrée en nous, que ce genre de demande ne pourrait provoquer, non seulement leur dédain, mais leur colère, car on ne plaisante pas avec des choses aussi sérieuses ! …

Au regard de la raison, les dogmes religieux n’ont aucune valeur. Pourtant, malgré le manque de preuves, les preuves apparemment contraires, parfois même l’absurdité de leurs affirmations, les dogmes religieux perdurent et la raison semble ne rien pouvoir contre eux.

Freud, dans ce chapitre, a changé d’angle d’attaque. Dans un premier temps, il nous avait donné une explication génétique de la religion comme fait social et psychique (mise en place de règles, sécurité). Ici, il est revenu à la critique classique du contenu de vérité de la religion (telle qu’elle est menée depuis le XVIIe siècle). Cela lui a permis de mettre en évidence un problème bien plus complexe qu’il n’y paraît : la religion peut être à la fois nécessaire car elle a des causes, et absurde quant à son contenu.

 


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Programme

Vendredi 13 janvier 2017, 18h30-20h30 Le travail comme question philosophique Marie-Pierre FRONDZIAK, Professeur de philosophie Vendredi 10 février 2017, 18h30-20h30 Critique de la religion - La question de l’islam Yvon QUINIOU, Professeur de philosophie Vendredi 10 mars 2017, 18h30-20h30 Le Capital ou le travail mort Denis COLLIN, Professeur de philosophie Vendredi 12 mai 2017, 18h30-20h30 La Laïcité Christophe MIQUEU, maître de conférence en philosophie Vendredi 9 juin 2017, 18h30-20h30 La Violence sociale Jacques COTTA, journaliste, producteur Les conférences ont lieu à l'université d'Evreux, rue du 7ème chasseur quartier Tilly. SEMINAIRE FREUD Séminaire consacré à la lecture de l’oeuvre de Freud proposé par Marie-Pierre Frondziak, professeur de philosophie L’objectif de cette lecture vise à montrer, qu’au-delà de la thérapeutique, la psychanalyse offre un véritable système de pensée. Vendredi 27 janvier - L’avenir d’une illusion (suite) Vendredi 3 mars - L’avenir d’une illusion (fin) Vendredi 31 mars - Marcuse et la désublimation répressive (I) par Denis Collin Vendredi 28 avril - Marcuse et la désublimation répressive (II) par Denis Collin Vendredi 26 mai - Conclusion : la portée de l’oeuvre de Freud Texte de référence: L'avenir d'une illusion (collection Points Essais au Seuil) Les séances se déroulent de 20h à 22h à la Mairie d’Evreux Salle Jacqueline Duval