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 La troisième leçon sur la psychanalyse

Lectures de Freud - 4e séance, par Marie-Pierre Frondziak

 


 

3ème leçon : Le principe du déterminisme psychique. Le mot d’esprit. Le complexe. Les rêves et leur interprétation. L’analyse des rêves. Actes manqués, lapsus, actes symptomatiques. Multiple motivation

« Il n'est pas ... dans un autre langage. » (p.33-34).

Freud revient sur ce qu'il a dit précédemment. En effet, après avoir abandonné l'hypnose, Freud a essayé de faire parler ses malades par une sorte de méthode suggestive : il leur demandait de parler librement et, lorsqu’il pensait parvenir à un point important, il exerçait une pression sur le front du patient. Cette méthode de l’association libre : j'énonce une idée, qui me fait penser à une autre, et ainsi de suite peut permettre d’obtenir des résultats, mais cette méthode n'était pas complètement satisfaisante, dans la mesure où Freud, par sa pression sur le front du patient, orientait la pensée de celui-ci. Aussi, cela pouvait-il marcher parfois, mais n’était pas nécessairement concluant à chaque fois. En effet, comment être certain qu’il pouvait s’agir là de ce moment décisif qu’est le refoulement originaire ? Cette méthode n'était donc pas toujours efficace, elle l'était d'autant moins que cette « pression » orientait le malade, et pas forcément sur le contenu refoulé. D’ailleurs, les malades eux-mêmes ne voyaient pas toujours la cohérence de ces thèmes inconscients refoulés. Il est vrai qu’ils pouvaient également offrir une résistance, comme nous l’avons évoqué dans la seconde leçon. Ainsi, si les idées énoncées étaient parfois en rapport avec les désirs refoulés, elles ne l'étaient pas nécessairement. En effet, plus la résistance est importante, plus les idées énoncées sont éloignées des événements en question. Et plus il est compliqué aussi de faire comprendre au patient qu’elles ont à voir avec ses symptômes. Pourtant, affirmer qu’elles ont bien un sens et sont bien en rapport avec le mal-être du patient, c’est affirmer qu’il y a bien un déterminisme psychique. Ainsi, ces idées sont des idées substitutives du refoulé et sont des symptômes à décrypter, mais si ces idées sont « suggérées », en quelque sorte elles dénaturent le processus même de l’analyse. Aussi, Freud toujours fidèle à sa recherche, essaie de trouver d'autres moyens pour sonder l'Inconscient et pour dépasser ces difficultés.

Mais avant cela, il nous faut dire quelques mots de Jung (1875 - 1961). Celui-ci est un psychiatre suisse, qui a d'abord connu Freud par ses écrits. Ils ont eu ensuite une amitié de 7 ans (1907 - 1914). Jung a rompu avec Freud, car ils avaient des divergences sur les causes du refoulement. Pour Freud, elles sont toutes d'origine sexuelle (ce que nous verrons dans la 4ème leçon), ce que refuse Jung. Selon lui, nous sommes tous habités par une énergie vitale, qui n'est pas exclusivement sexuelle (cf pulsions de vie) et qui se tourne soit vers l'intérieur : c'est le type introverti, soit vers l'extérieur, c'est le type extraverti. C'est également lui qui a élaboré la théorie de l'Inconscient collectif, constitué d'archétypes et d'instincts transmis héréditairement et dont les contenus sont universels (nous avons tous les mêmes peurs : par exemple la peur du noir renverrait à l’angoisse des temps anciens lorsqu’on ne maîtrisait pas la lumière, ni même le feu). Ainsi, notre Inconscient contiendrait des images ancestrales, qui s'expriment dans les mythes, les œuvres d'art et les croyances religieuses, et qui traduisent les plus lointaines angoisses de l'humanité, au cours de son histoire.

Quant à l'école de Zurich, elle comporte d'autres personnes qui ont pris part aux débuts de la psychanalyse, tels que Carl Jung, Karl Abraham, Eugen Bleuler,

Revenons au déterminisme psychique « dont la légitimité scientifique a été démontrée » par Jung . Ce dernier signifie que les symptômes n’apparaissent pas de manière aléatoire et sans raison. De manière générale, affirmer qu’il y a déterminisme, c’est affirmer que tout effet a une cause et que les éléments d’un même système déterminé s’enchaînent par une suite de causes et d’effets. Parler de déterminisme psychique, c’est dire que les symptômes représentent nécessairement l’effet de désirs dérangeants refoulés et qu'ils peuvent s’expliquer en s’intégrant dans une suite de déterminations. Partant de ce principe, à partir des effets, les symptômes, il faut rechercher les causes : les désirs refoulés. Et lorsque le patient évoque successivement des idées, elles ont nécessairement un lien entre elles, même si ce lien n’est pas apparent. Cela est d’autant moins étonnant que, comme nous l’avons vu, les symptômes sont des substituts de nos désirs refoulés, car dérangeants, qui réapparaissent au travers de ces symptômes de façon déguisée, soit sous forme d'idées, soit sous d'autres formes, que nous allons étudier. Et donc le lien n’est évidemment pas simple à faire. Freud nous rappelle ici deux raisons à cette difficulté d’élucidation : le patient réfléchit, se concentre pour retrouver des thèmes inconscients, mais comme ils sont inconscients justement, ils sont difficiles à retrouver, d’autant moins de manière cohérente. De plus, même avec toute sa bonne volonté, le patient se heurte à sa propre résistance, deuxième facteur explicatif de cette difficulté. Si le patient a refoulé certains désirs, c’était en quelque sorte pour les « oublier », son psychisme a donc mis en place des processus, des mécanismes de défense pour que ces désirs inconscients ne ressurgissent pas. Le patient se heurte donc à lui-même. Ceci nous montre que notre propre psychisme nous est partiellement étranger. Il fonctionne peut-être de manière déterminée, mais son « mécanisme » nous échappe en grande partie. Il faut noter ici que la notion de déterminisme n’enlève pas toute liberté au sujet. La notion de déterminisme a d’abord été associée à la nature : la nature est déterminée, car elle obéit aux lois de la physique. Ici, nulle question de liberté, on a affaire à un pur mécanisme : la pierre tombera nécessairement suivant la loi de la chute des corps. Parler de déterminisme psychique ne veut pas pour autant dire éliminer toute forme de liberté. Il s’agit ici plutôt de comprendre que ce qui en apparence n’a pas de sens (symptômes névrotiques, mais aussi rêves, actes manqués, etc.), est absurde, en réalité est porteur d’intention et ne relève pas du hasard et de l’aléatoire. Comprendre ces gestes ou pensées qui nous affectent malgré nous, c’est se libérer de leur puissance sur nous.

Nous voici arrivés à une idée importante : les symptômes, comme substituts des désirs refoulés, ne sont pas que des symptômes physiques, morbides, ils peuvent se manifester sous forme d’idées. Ce point est capital, car il opère un tournant dans la théorie psychanalytique : ce ne sont pas que les malades « nerveux », hystériques, etc., qui souffrent du refoulement, mais ce sont tous les hommes. En effet, si les symptômes peuvent prendre la forme d’idées qui cherchent à masquer ce qu’il y aurait à révéler, nécessairement cela signifie qu’il ne faut pas seulement se cantonner aux symptômes spectaculaires, visibles ; mais qu’il faut les décrypter aussi dans les simples paroles. Aussi nous dit Freud en parlant de l’idée énoncée par le patient : « C’était un substitut nouveau, artificiel et éphémère de la chose refoulée et qui lui ressemblait d’autant moins que sa déformation, sous l’influence de la résistance, avait été plus grande. ».

On constate donc ici encore plus l’importance de la parole, des mots. Ce sont ces derniers qui deviennent les substituts des substituts des désirs refoulés. En parlant des symptômes, ou en faisant parler les symptômes, le patient devrait finir par pouvoir retrouver ses thèmes inconscients.

Je ne connais pas très bien Lacan, mais on peut voir ici dans quelle mesure il est envisageable de reprendre cette idée que si l’homme est un être désirant, c’est parce que c’est un être parlant. Et s’il parle, et s’il désire, c’est parce qu’il vit avec d’autres hommes. On pourrait retrouver la dialectique hégélienne du maître et de l’esclave, qui pose la problématique de la reconnaissance, reconnaissance du désir de reconnaissance, reconnaissance du désir de l’autre en tant que je désire qu’il me reconnaisse. Mais je m’arrête là. Toujours est-il que la parole permet au patient de reconnaître son désir, de se le dire, mais aussi de le dire et donc de lui donner une forme, un contour. En ce sens, les mots traduisent bien dans un autre langage que celui du corps les désirs refoulés.

 

« Nous connaissons dans la vie ... dont elles ne sont qu'un déguisement. » (p;34-36).

Pour justifier le déterminisme psychique et illustrer le fait que les mots peuvent eux-mêmes aussi représenter l’expression de nos désirs refoulés, l’expression donc de symptômes, Freud fait appel au mot d'esprit (cf. : le mot d'esprit et son rapport à l'inconscient 1905, ouvrage assez volumineux). Il veut montrer ainsi que certaines de nos paroles travestissent, tout en les exprimant, nos pensées profondes. L'exemple que prend Freud met en évidence que le mot d'esprit peut se substituer à une injure ou dissimuler de l’ironie, voire du mépris. En effet, une injure n'est pas acceptable, d’autant moins lorsqu’on est invité et que l’on est bien élevé. En revanche, un trait d'humour est tout à fait admis par les autres et relève de l’acceptable. Nous savons cependant que l'humour est parfois cinglant, terrible et cruel et tout aussi blessant que l’injure. Dans l’exemple pris par Freud, on comprend que le critique d’art ne peut exprimer clairement son mépris, étant justement invité et respectueux, du moins en apparence, de la bienséance. Il ne peut donc faire part directement de sa désapprobation de l’arrivisme, voire de la malhonnêteté de ses hôtes, mais il tient quand même à exprimer son mépris, il trouve donc un compromis dans le mot d’esprit. C’est pourquoi, il va utiliser le trait d’esprit, disant son mépris tout en ne le disant pas, laissant planer un doute sur son intention : dit-il quelque chose d’incongru ou est-il insultant ? En effet, en regardant les deux tableaux, donc ses deux hôtes, et en demandant « où est le christ ? », il sous-entend que les deux tableaux qu’il a devant les yeux sont le portrait des deux larrons, encadrant le christ. Il assimile les deux commerçants à deux voleurs. Sa remarque permet donc l’expression de son mépris tout en le dissimulant, elle en est donc le substitut. Le mot d’esprit nous fait sourire, car d’une certaine manière il libère la parole en déjouant la censure. En effet, il ne met en évidence aucun rapport apparent entre ce qu’il dit et ce qu’il veut dire. Avec cette analogie, Freud veut montrer que nos désirs refoulés fonctionnent de la même façon. Ils ne peuvent s'exprimer tels quels, car ils sont trop rudes ou pénibles pour notre conscience et pour les autres, en tout cas à nos yeux. Aussi, les désirs refoulés prennent-ils des chemins détournés pour tout de même s'exprimer. Sans forcément prendre la forme de symptômes physiques, les désirs refoulés peuvent trouver des voies d’expression plus « anodines ». Ceci permet, soit en dit en passant et repéré plus haut, d’affirmer que les hommes sains autant que les malades sont animés de désirs refoulés qui peuvent trouver leur voie d’expression dans le trait d’esprit. Ainsi, les idées énoncées par les malades sont souvent les substituts, les déguisements de souvenirs oubliés, qui sont trop crûs à regarder en face. Nous retrouvons l’idée ici que les paroles de l’analysé sont elles aussi des symptômes des désirs refoulés.

« Suivons l'exemple ... celle des erreurs et des lapsus. » (p. 36-37).

Ces désirs refoulés forment des complexes nous dit Freud, en attribuant ce terme à l’école de Zurich. Dans les Etudes sur l’hystérie, Breuer avait déjà cependant utilisé ce terme et dans le même sens, je cite : « quand nous parlerons de représentations actuelles, agissantes et pourtant inconscientes, le lecteur devra se dire qu’il ne s’agit que rarement de représentations isolées. Presque toujours, il s’agit de complexes de représentations, de connexions, de séries d’idées. » Ainsi, un complexe représente un ensemble intriqué et compliqué de représentations partiellement ou complètement inconscientes, dont la charge affective demeure très forte car entretenue par les désirs refoulés, lesquels, pour rappel, ne perdent pas de leur activité, tout refoulés qu’ils soient. Ces complexes n’ont de valeur que descriptive. Il s’agit donc d’élucider, non pas une idée isolée, mais une intrication de représentations qui n’apparaissent pas comme étant d’emblée liées entre elles aux yeux du patient. C’est pourquoi, la parole du patient va être essentielle dans l’analyse. En effet, si les mots eux-mêmes sont des substituts des désirs refoulés, il faut les entendre et pour cela, il faut qu’ils soient dits, mais qu’ils soient tous dits pour retrouver les articulations manquantes. C’est là la raison de l’association libre : il s’agit de « tout  déballer », tout sortir, peu importe l’ordre et la logique. Il s'agit de laisser parler librement le malade, sans l'orienter. Celui-ci doit dire tout ce qui lui vient à l'esprit, sans y mettre de censure. Le tri, c’est-à-dire l’interprétation viendra après. Le pari que fait la psychanalyse est que ce qui est dit fait sens, même si ce sens n’est pas immédiatement manifeste. C’est pourquoi, le patient doit jouer le jeu et que le psychanalyste doit lui expliquer la règle, le rassurer, lui dire que l’on n’est pas là pour tenir un discours cohérent qui s’adresse à l’autre, mais pour tenir un discours de soi sur soi. Il est important d’insister sur ce point et d’expliquer à l’avance les résistances que rencontrera nécessairement le patient, et que ces résistances font elles-mêmes partie du travail d’élucidation de soi, résistances conscientes ou inconscientes d’ailleurs. Si le patient s'arrête parfois et refuse de continuer, cet arrêt constitue un indice pour le psychanalyste, et évidemment pour le patient, lequel doit s’engager à essayer de vaincre ces résistances conscientes pour pouvoir retrouver les éléments refoulés qui perturbent sa vie consciente. En effet, cette résistance montre que l'on touche un point sensible et qu'il faudra revenir dessus. La libre association ne donne pas un accès direct au refoulé, elle n’est libre que parce qu’elle est « libérée » des contraintes sociales et de convenance le temps de la séance. Mais cela montre que la parole, comme nous l’avons dit plus haut, représente un moyen essentiel d’élucidation, parole ici qui ne sert plus à communiquer, mais à éclairer sur soi.

Freud fait ensuite une comparaison entre la psychanalyse et la chimie. Cette dernière a pour vocation de décomposer la matière en premiers éléments (voir le tableau des éléments de Mendeliev). La psychanalyse peut procéder de la même manière et décomposer l’activité psychique afin de parvenir aux éléments pulsionnels, « aux émois pulsionnels » qui ont motivé les symptômes. Cependant, cette décomposition est relativement limitée. Autant en chimie, nous avons un nombre déterminé d’éléments chimiques, éléments d’ailleurs qui ne varient pas, autant en matière de psychanalyse, on a toujours affaire à un « composé » singulier. En ce sens, la psychanalyse se distingue de la psychologie associationniste (inspirée par la philosophie empirique de Hume, Stuart Mill, etc. et qui consiste à affirmer que rien n’existe d’abord dans l’esprit, que les idées se forment à partir des idées et que l’association de celles-ci forme des idées complexes), laquelle recherche des lois générales appliqués à des éléments plus simples, que l’on retrouverait dans tous les individus. Or, la psychanalyse réfute cette idée et affirme au contraire qu’aucun paradigme ne peut être appliqué au sujet. Toutes les associations faites par un sujet sont le résultat d’une structure conflictuelle propre à lui, ainsi que le jeu de forces psychiques.

Cependant, il existe d'autres techniques permettant de décrypter les messages de notre Inconscient. Freud commence par évoquer l'analyse des rêves.

« J'avoue m'être demandé ... parmi ces profanes. » (p.37-38).

Freud commence par nous expliquer qu’il aurait pu aborder la psychanalyse par le biais du rêve et de son ouvrage L’interprétation des rêves, ouvrage paru en 1900. En effet, le rêve peut sembler plus facile d’accès, car moins complexe que l’ensemble des généralités et principes de la psychanalyse, et beaucoup plus familier. Mais il a voulu éviter une confusion : il n’a pas voulu se présenter comme un imposteur ou un banal « décrypteur de rêves ». Il ne s'agit pas pour lui de se présenter comme un devin, capable de lire dans les rêves. Cependant, depuis toujours, les hommes ont essayé de donner un sens au rêve. Plus de 2 000 avant J.C., les Egyptiens voyaient dans les rêves des messages prémonitoires. De la même façon, les Grecs croyaient y trouver des messages divins. Dans la Bible, le pharaon a rêvé qu’il voyait d’abord 7 vaches grasses et 7 beaux épis. Dans un second rêve, il a vu 7 vaches maigres et 7 épis desséchés. Aucun sage n’est capable d’interpréter ces rêves, si bien que le pharaon va faire chercher Joseph (un hébreu) qui est en prison et qui connaît la clé des songes. Ainsi ce dernier affirme que les deux rêves n’en font qu’un : il y aura sept bonnes années, suivies de sept années de disette, et qu’il lui faut donc faire des réserves. Cependant, Freud ne veut passer pour un charlatan, surtout qu’à son époque les scientifiques avaient très peu de considération pour le phénomène du rêve. C’est pourquoi il n’a pas voulu commencer par son interprétation des rêves, qui aurait pu nous faire croire qu’une fois de plus, nous avions affaire à un visionnaire ou un devin. Et cela d’autant moins que, dans L’interprétation des rêves, Freud prend en partie ses propres rêves comme matériau d’analyse. Il le dit d’ailleurs de façon détournée, puisqu’il conseille à ceux qui veulent se consacrer à la psychanalyse, de commencer par étudier leurs propres rêves. Ces derniers sont en effet riches de sens. Dans les rêves, c’est notre inconscient qui s’exprime, puisque lorsque nous dormons, c’est notre conscience qui s’est évanouie. Si, lorsque nous dormons, il se passe quelque chose dans le psychisme, c’est bien parce que celui-ci ne se réduit pas à la conscience. Freud va ainsi donner un nouveau sens au rêve. Ce dernier représente une manifestation de notre inconscient et représente donc un moyen privilégié pour y avoir accès. Mais pour comprendre que le rêve a ce sens-là, il fallait bien auparavant exposer un certain nombre de principes, afin de pouvoir saisir l’intérêt du rêve. L’interprétation des rêves permet ainsi d’accéder à une connaissance théorique, et non plus seulement symptomatique, du travail de l’inconscient, elle met en évidence les contenus refoulés et participe ainsi au progrès de la cure.

Freud en profite ici pour introduire l’idée que l’inconscient ne concerne pas que les personnes qui souffrent de maladies nerveuses. L’intérêt du rêve, c’est qu’il « touche » tous les hommes, n’en épargne aucun. Le rêve est donc ce qui fait lien entre l’inconscient « sain » et l’inconscient pathologique et permet d’affirmer que tous les hommes souffrent du refoulement. Ne voir dans le rêve qu’une expression bizarre ou maladive, c’est réellement passer à côté de l’essence du rêve et se priver d’un moyen privilégié pour accéder à l’élucidation des maladies névrotiques. Moyen dont se privent, nous dit Freud un peu perfidement, les psychiatres, pour lesquels les élucubrations oniriques des malades n’ont aucun intérêt thérapeutique et ne font que confirmer leur pathologie.

« Jetons donc … signification de ses symptômes » (p.38-40)

De prime abord, nous avons tendance à ne pas prêter attention à nos rêves, à vouloir leur donner une quelconque importance. Il nous arrive même de les renier, soit parce que nous estimons qu'ils sont sans incompréhensibles, soit parce qu'ils nous dérangent, voire nous font peur ou nous angoissent car ils mettent en scène des idées ou des images qui se heurtent à l’estime que nous avons de nous-mêmes, et donc nous n’avons vraiment pas envie de nous en souvenir. Nous les dénigrons comme nous rejetons les premières interprétations des symptômes faites par le psychanalyste. Nous opposons ainsi au rêve la même résistance, comme si intuitivement, pour ne pas dire inconsciemment, nous savions qu’ils ont des choses à nous dire sur nous, mais des choses que nous n’avons justement pas envie de savoir. De fait le rêve, comme le symptôme névrotique, représente un exutoire de l'Inconscient, c'est-à-dire l'assouvissement imaginaire d'un ou plusieurs désirs inconscients. La volonté ne peut rien sur eux, car le sujet n'est pas maître de ses désirs. Ainsi, tout rêve représente "la réalisation déguisée de désirs refoulés". p.41

Freud précise qu’il ne pense pas qu'il existe des rêves prophétiques ou prémonitoires. En effet, cela supposerait que tout soit écrit d’avance et qu’il y ait un destin. Certains de nos rêves se réalisent effectivement, mais c’est toujours après-coup que l’on s’en rend compte. Et que certains de nos rêves se réalisent, heureusement, et ce d’autant plus que les rêves représentent la réalisation imaginaire de nos désirs inconscients (nous y reviendrons plus loin). Alors, il est plutôt rassurant que certains de nos désirs, aussi inconscients soient-ils, se réalisent parfois ...

Freud commence par souligner qu'il existe différents types de rêves. Tout d'abord les rêves de type infantile. Les enfants réalisent, en effet, dans leurs rêves, les désirs que le jour a fait naître et qui n'ont pas été satisfaits (ex : une petite fille qui a eu envie de manger des cerises durant le jour et qui n'a pas pu, rêve la nuit qu'elle en mange un plein panier). Les rêves de type infantile ont une relation directe avec la vie quotidienne et expriment clairement et directement des désirs qui n’ont pu être réalisés dans la veille diurne. Les adultes font aussi des rêves de type infantile, mais ces rêves-là sont très brefs (ex : avoir soif en dormant -> on rêve qu'on boit -> le désir est ainsi écarté -> on peut continuer à dormir). Ces rêves sont clairs et raisonnables, ils représentent sans déguisement un désir non refoulé.

En revanche, nombre de nos rêves d’adultes nous sont obscurs, nous en faisons tous régulièrement l’expérience. C'est évidemment ceux-là qu'il faut chercher à analyser, car ils représentent un désir, déguisé, refoulé. Cependant, souvent ils semblent ne pas correspondre à la réalisation d’un désir. Ils peuvent même nous sembler insignifiants lorsque la censure a bien fonctionné et bien déguisé les désirs. Cela s’explique par le fait que c’est justement parce qu’ils sont refoulés, qu’ils doivent se manifester de manière méconnaissable afin de pouvoir déjouer la censure mise en place par le Surmoi. Pour les analyser, il faut alors distinguer leur contenu manifeste de leur contenu latent. Le contenu manifeste est celui dont nous nous souvenons à notre réveil, tel qu’il est resté dans notre mémoire. Le contenu latent est celui qu'il faut mettre à jour en décryptant, en interprétant le contenu manifeste. Ce contenu latent est assimilable aux symptômes exprimés dans une hystérie. Il traduit un désir refoulé et prend des chemins détournés pour s'exprimer, pour franchir la censure. Ainsi, même dans le rêve, notre moi présente des résistances. En effet, même dans les rêves, les désirs immoraux n'osent pas s'exprimer et se dissimulent derrière un langage symbolique.

« Pour se persuader … déguisée de désirs refoulés » (p.40-41)

C’est donc l’analyse des rêves, leur décryptage, qui peut permettre de déceler le contenu latent dissimulé derrière le contenu manifeste. En effet, par association d’idées, il est possible d’aller au-delà de la signification apparente. Pour illustrer cela, nous allons nous appuyer sur l’exemple d’un rêve et de son analyse donné par Freud dans L‘interprétation des rêves :

« Vous dites toujours, déclare une spirituelle malade, que le rêve est un désir réalisé. Je vais vous raconter un rêve qui est tout le contraire d’un désir réalisé. Comment accorderez-vous cela avec votre théorie ? » Voici le rêve :

« Je veux donner un dîner, mais je n’ai pour toutes provisions qu’un peu de saumon fumé. Je voudrais aller faire des achats, mais je me rappelle que c’est dimanche après-midi et que toutes les boutiques sont fermées. Je veux téléphoner à quelques fournisseurs, mais le téléphone est détraqué. Je dois donc renoncer au désir de donner un dîner. »

Ce qui vient d’abord à l’esprit de la malade ne peut servir à interpréter le rêve. J’insiste. Au bout d’un moment, comme il convient lorsqu’on doit surmonter une résistance, elle me dit qu’elle a rendu visite à une de ses amies ; elle en est fort jalouse parce que son mari en dit toujours beaucoup de bien. Fort heureusement, l’amie est mince et maigre, et son mari aime les formes pleines. De quoi parlait donc cette personne maigre ? Naturellement de son désir d’engraisser. Elle lui a aussi demandé : « Quand nous inviterez-vous à nouveau ? On mange toujours si bien chez vous ». Le sens du rêve est clair maintenant. Je peux dire à ma malade : « C’est exactement comme si vous lui aviez répondu mentalement : Oui-tiens ! Je vais t’inviter pour que tu manges bien, que tu engraisses et que tu plaises encore plus à mon mari. J’aimerais mieux ne plus donner de dîner de ma vie. Le rêve vous dit que vous ne pourrez pas donner de dîner, il accomplit ainsi votre vœu de ne point contribuer à rendre plus belle votre amie. »

Freud, L’interprétation des rêves

On voit bien dans ce rêve qu’au premier abord, ce rêve ne ressemble pas à la réalisation d’un désir, bien au contraire : la patiente ne parvient pas à réaliser son désir de donner un dîner. Ceci représente le contenu manifeste du rêve. Mais l’analyse du rêve va au-delà de ce contenu apparent. En réalité, cette dame ne veut pas organiser un dîner, elle est jalouse de cette amie qui plaît à son propre mari et ne veut surtout pas participer à son embellissement. Son désir est donc exprimé de manière dissimulée, car même dans son rêve, elle ne veut pas s’avouer la jalousie qu’elle ressent, sentiment un peu dégradant et humiliant qui met en valeur qu’elle ne maîtrise pas tout et qui contredit l’estime qu’elle a d’elle-même. Il s’agit ici du contenu latent du rêve.

« Jetons maintenant... technique psychanalytique. » (p.41-42).

Il s’agit maintenant de comprendre le travail du rêve, c’est-à-dire comment l’Inconscient peut être intégré dans le conscient. Freud le répétera souvent : le rêve représente le matériau idéal pour comprendre le fonctionnement de l’Inconscient. En effet, si les névroses et leurs symptômes nous révèlent ce que peut être l’Inconscient, ceux-ci sont limitatifs et ne mettent en évidence en apparence que l’Inconscient de malades nerveux. Le rêve lui est universel, il ne se limite pas au traumatisme, mais concerne l’Inconscient en son principe. Ainsi, l’analyse du rêve permet de comprendre comment fonctionne l’Inconscient et quel est son rapport à l’Inconscient.

Lors du rêve, il se passe le même processus que lors de la mise en place des symptômes névrotiques. En effet, ces derniers ne ressemblent pas aux désirs qu’ils expriment de manière détournée, en tout cas à la satisfaction substitutive de ces désirs (pour rappel, les symptômes névrotiques mettent en évidence l’échec du refoulement, puisque les symptômes sont l’expression d’une satisfaction dérivée des désirs inconscients). Dans le rêve, les désirs ne s’avancent pas non plus à visage découvert, ils se dissimulent derrière un langage symbolique et obéissent à un processus particulier. Le rêve fonctionne ainsi suivant plusieurs mécanismes. Tout d’abord, il opère par condensation (=métonymie) : il fond plusieurs « idées » de la pensée du rêve en une seule image : ici l’impossibilité de donner un dîner qui dissimule le désir de ne pas en donner, ainsi que la jalousie qu’éprouve la patiente vis-à-vis de son amie. Il fonctionne aussi par déplacement de l'importance (=métaphore) : la patiente veut donner un dîner (ce qui représente le contraire de son réel désir), afin qu’elle ne puisse remarquer, même dans son rêve, que en réalité elle n’a pas du tout envie de donner ce dîner. Freud ne l’évoque pas ici, mais le rêve procède également par dramatisation (le rêve raconte une histoire) : ici cela correspond aux péripéties pour organiser le dîner, ..., et élaboration secondaire : il s’agit de donner un sens, en faire un tout cohérent : quand on raconte un rêve, on ajoute nécessairement des éléments pour justement pouvoir le raconter. De fait il est impossible de « raconter » des idées ou des images juxtaposées.

Freud insiste par ailleurs sur l'idée que nos rêves ont des origines infantiles. En effet, les désirs refoulés que nous avons eu enfants n’ont pas disparu, n’ont pas été si l’on peut dire désactivés, ils continuent de nous travailler tout au long de notre vie adulte. En effet, le Ça, réservoir des désirs et pulsions refoulés est atemporel, il n’est pas soumis au temps. Ainsi, le Ça ne disparaît pas, mais par le processus d’éducation il se différencie en Moi. L’éducation est aussi ce qui va permettre l’intégration des règles sociales et morales sous forme de Surmoi. Ainsi, l’éducation représente l’apprentissage de la frustration, c’est-à-dire le renoncement à la satisfaction directe et immédiate des pulsions. Par la constitution du Moi et du Surmoi, le sujet va être capable des plus hautes réalisations en utilisant l’énergie réorientée des pulsions et ainsi rendre possible la civilisation. En effet, le refoulement est la condition nécessaire à la possibilité du vivre ensemble. Si nous ne résistions pas inconsciemment à nos pulsions, nous serions constamment en conflit et en guerre les uns avec les autres. C’est d’ailleurs trop souvent le cas. Toutes les situations d’agressivité nous le montrent amplement. Nous n’avons en réalité pas complètement renoncé à notre désir infantile de toute puissance. Dans le même temps, ce renoncement à un coût élevé, parfois même très élevé en particulier pour ceux qui souffrent de graves névroses.

Freud évoque aussi le fait que le rêve procède par symbolisation, en particulier par sexuelle : les portes représentent des ouvertures, le roi/la reine renvoient au père/à la mère, etc. Il semble également faire référence à une sorte d’inconscient collectif, qui se transmettrait de génération en génération (par exemple la peur du noir remonterait au temps des cavernes, lorsque les hommes maîtrisaient à peine le feu et que l’obscurité était source d’extrême danger au regard des prédateurs). Jung a beaucoup travaillé sur cette notion d’inconscient collectif, mais nous en resterons là, ceci n’étant pas notre sujet. Cependant, l’interprétation du rêve, pour Freud, demeure toujours une interprétation singulière, qui va dépendre des associations d’idées faites par le sujet.

Enfin Freud répond à une dernière objection : comment les cauchemars peuvent-ils réaliser nos désirs ? Comme nous l’avons vu plus haut avec l’exemple de la patiente qui veut, en rêve, organiser un dîner, il a souvent été opposé à Freud cet apparent argument que certains rêves ne réalisent pas nos désirs, mais au contraire nous empêchent de les satisfaire, voire vont complétement à l’encontre de nos désirs. C’est le cas des cauchemars. Mais même les cauchemars expriment nos désirs refoulés, mais ne les déguisent pas ou trop peu. Ces désirs non déguisés, non réalisés et depuis longtemps refoulés, provoquent une angoisse qui interrompt le rêve., car leur sens est un peu trop clair et insoutenable. Donc même le cauchemar représente un désir réalisé : « Le cauchemar est souvent une réalisation non voilée d’un désir, mais d’un désir qui, loin d’être le bienvenu, est un désir refoulé, repoussé,. L’angoisse qui accompagne cette réalisation prend la place de la censure. Alors qu’on peut dire du rêve infantile qu’il est la réalisation franche d’un désir admis, et du rêve déformé ordinaire, qu’il est la réalisation voilée d’un désir refoulé, le cauchemar, lui, ne peut être défini que comme la réalisation franche d’un désir repoussé. » L’interprétation des rêves.

Une dernière chose encore : chacun a remarqué qu’au réveil, nous pouvons nous souvenir de nos rêves, mais la journée avançant nous les oublions. Cet oubli est l’effet de la censure.

L’étude des rêves au moyen de la psychanalyse permet donc d’expliquer ceux-ci qui sinon resteraient incohérents. Ils permettent également, non pas de soigner la névrose, mais de l’éclairer sous un autre angle que les symptômes.

« Ce sont tous ces actes … bien portantes. » (p.43-44)

Ici Freud fait référence à la 3ème technique possible pour la psychanalyse. Il s'agit de l’analyse des actes manqués, c’est-à-dire des actes de la vie ordinaire auxquels nous ne prêtons pas attention ou que nous attribuons au hasard (voir Psychopathologie de la vie quotidienne). Qu'est-ce qu'un acte manqué ? C'est un acte volontaire (conscient) déformé par une contre-volonté (inconsciente). Par exemple, les lapsus oraux (lapsus linguae), les erreurs de lecture (lapsus calami), l'oubli de noms propres, se tromper de rue, ... sont des actes manqués. Pourquoi manqués ? Parce que, comme nous le dit Freud, ils manquent leur but volontaire, pour dévoiler leur but involontaire. En cela, ils ont un sens, ils sont motivés afin de servir une intention latente, inconsciente. Par ex, le lapsus linguae manifeste une personnalité profonde, ordinairement dissimulée par la personnalité sociale, mais échappant momentanément au contrôle de la conscience. Ex : un employé qui dit à son supérieur : "je vous en prie, restez debout" manifeste une hostilité déguisée, car ceci est impoli, incorrect.

Enfin, Freud évoque nos petites manies, qu’il appelle actes symptomatiques, et qui sont elles aussi des moyens de manifester le travail de nos désirs, mais de façon tout à fait acceptable. Actes manqués, actes symptomatiques ou manies et actes que nous attribuons au hasard et que nous considérons comme accidentels (oublier ses clés de bureau par exemple) ont donc un sens.

A travers ces deux dernières techniques (rêve et acte manqué), Freud montre que tous les hommes souffrent du refoulement. De fait, lors de notre enfance, nous avons tous dû renoncer à certains de nos désirs, notamment celui de notre mère (nous y reviendrons à propos du complexe d'Œdipe). Ces désirs reviennent tous nous perturber, de façon plus ou moins pénible. Il nous faut ajouter ici que le refoulé peut revenir sans se déguiser, c'est notamment le cas lors de certains événements : les "mauvais" penchants reviennent au galop. C’est le cas lors des guerres, lynchages, viols, exécutions capitales, racisme, où toutes les barrières semblent sauter.

« Vous remarquerez ... leur conscience. » (p. 44-45).

Dans ce dernier passage, Freud insiste de nouveau sur le déterminisme psychique : tous nos actes ont une cause, même lorsque nous ne la voyons pas. D’ailleurs leur origine causale peut être multiple, motivée par un faisceau de raisons que l’analyse permet de mettre en lumière, c’est ce que l’on appelle la surdétermination. Ainsi, Freud prend les devants de la critique, en soulignant que la psychanalyse s'arrête à des choses qui sont considérées la plupart du temps comme anodines. Cependant, la fusion de ces différentes techniques permet de comprendre davantage le psychisme humain, en permettant de ramener à la conscience le refoulé, et surtout permet de le soigner. Ceci constitue, aux yeux de Freud, la preuve de la validité de la psychanalyse comme science. Néanmoins, cette "nouvelle science" rencontre des détracteurs, c'est-à-dire des gens qui refusent d'adhérer à ses résultats. La défense que trouve Freud est que justement, ces gens comme tous les autres, souffrent du refoulement et ne veulent pas voir les choses qui les dérangent ou les mettent en cause : ils "résistent". Et cette résistance n’est pas d’ordre intellectuel, mais affectif. En effet, comme nous le dit Freud dans Une difficulté de la psychanalyse (in l’inquiétante étrangeté - 1916). Après avoir subi deux humiliations : avec l’héliocentrisme, l’homme n’est plus au centre de l’univers, avec la théorie de l’évolution il n’est plus un être à part, avec la psychanalyse il en subit une troisième : non seulement il ne maîtrise pas le monde extérieur, mais il ne maîtrise pas non plus son monde intérieur. Cela n’a absolument rien de rassurant d’où le rejet, d’après Freud, de la psychanalyse : elle met trop à mal notre narcissisme.

Névroses, rêves et actes manqués associent à la déformation d’un élément refoulé une ressemblance avec celui-ci, comme une traduction dans un autre langage et substituent une forme d’expression à une autre.


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Programme

Vendredi 6 octobre 2017, 18h30 - 20h30 Le Revenu d'existence par Mickaël Sylvain, professeur de sciences économiques et sociales Vendredi 10 novembre 2017, 18h30 - 20h30

La Philosophie de Michael Sandel par Dominique Jouault, professeur de philosophie

Vendredi 8 décembre, 18h30 - 20h30 Montesquieu et la vertu par Didier Carsin, professeur de philosophie

Les conférences ont lieu à l'université d'Evreux, rue du 7ème chasseur quartier Tilly.

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Chaque conférence dure environ une heure et est suivie d’une discussion avec l’intervenant.

Site de l’Université Populaire : http://up-evreux.viabloga.com

Pour nous écrire : universitepopulaireevreux@gmail.com