S'identifier - S'inscrire - Contact
 

Archives par mois


 Le travail comme question philosophique: l'essence du travail

Conférence du 13 janvier 2017 par Marie-Pierre Frondziak

Note : 1/5 (1 note)

  • bureau-up
  • Jeudi 05/01/2017
  • 15:04
  • Lu 324 fois
  • Version imprimable
 


Les hommes ont toujours été contraints de travailler pour survivre. C’est écrit dans la Bible : « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » et la femme accouchera dans la souffrance, souffrance de l’accouchement que l’on appelle aussi « travail ». Donc dans le travail, on entend à la fois la nécessité et la douleur. On peut comprendre alors que les hommes depuis toujours aient cherché, sinon à le fuir, tout au moins à le rendre moins pénible et moins prégnant. De fait, on peut constater qu’aujourd’hui le rapport au travail a changé. En effet, le temps de travail a diminué, en tout cas dans nos sociétés, ce qui a permis d’augmenter le temps de loisir. Et surtout, on affirme aujourd’hui qu’on peut tout à fait se réaliser en dehors et indépendamment du travail. Néanmoins, le travail garde une grande valeur et s’assure encore une place importante dans nos existences. Le chômage, par exemple, n’est pas pénible uniquement par le manque d’argent qu’il entraîne, mais aussi par l’exclusion sociale qu’il provoque. [Cliquez ici pour la vidéo de la conférence]

C’est pourquoi nous nous proposons ici de nous demander pourquoi les humains travaillent-ils et en quoi il s’agit d’une activité spécifiquement humaine. En fait, si le travail représente une obligation vitale, les hommes ont toujours cherché à donner un sens à cette activité, qui aujourd’hui encore donne un statut social.

Par ailleurs, si le travail apparaît comme un obstacle, par le fait qu’il possède un caractère pénible et contraignant, il révèle également le signe du pouvoir de l’homme sur la nature, notamment grâce à la technique, qui lui permet d’opérer une transformation consciente de la nature et qui a connu son apogée avec l’industrialisation. C’est d’ailleurs cette dernière qui a donné lieu à une réelle réflexion sur le travail, même si on en trouve déjà une analyse chez Aristote. Le travail met aussi en évidence la transformation de l’homme lui-même, la production de l’homme par lui-même et son accès à l’humanité. En effet, il n’y a pas de travail sans conscience et ceci nous permettra de comprendre en quoi le travail humain se distingue de l’activité animale.

Cependant, tout en exprimant la liberté humaine et le pouvoir de l’homme sur la nature, le travail peut être considéré comme un réel asservissement de l’homme, amplifié par le développement de la technique. Et donc, ce n’est peut-être pas le travail en lui-même que nous devons mettre en question, mais plutôt la manière dont nous l’organisons et la manière dont nous répartissons ses fruits. Le travail nous libère de la nature extérieure, grâce à lui nous n’y sommes pas totalement soumis, il nous libère de la nature en nous puisqu’il nous permet d’accéder à la conscience et d’échapper ainsi à la pure animalité, mais dans le même temps, il nous précipite « dans les fers » comme le disait Rousseau.

Nous suivrons le plan suivant en interrogeant l’origine du travail, liée à la vulnérabilité humaine qui a contraint les hommes à s’associer pour lutter contre la nature et qui en même temps leur a ouvert l’accès à la conscience. En effet, et c’est ce que nous verrons dans un second temps, la transformation de la nature a nécessité la mobilisation de toutes leurs facultés et qui donc les a transformés eux-mêmes. Cependant, il n’en demeure pas moins que le travail demeure une activité pénible, d’autant plus qu’elle est source d’exploitation et d’aliénation, mais activité dont on ne peut pas se passer sans perdre notre humanité.

 

I ORIGINE DU TRAVAIL

 

vulnérabilité → nécessité et besoin→ association

association → acquisition conscience → rapport au monde

 

L’histoire philosophique a essayé de comprendre les origines de l’humanité, de la société humaine pour essayer d’y donner du sens. Une rapide généalogie affirme que les hommes, dès l’origine, étaient des êtres très vulnérables. C’est ce que raconte Platon dans Protagoras, à travers le Mythe de Prométhée. Que nous expose ce mythe ? Zeus a chargé Promothée (= celui qui prévoit) de pourvoir la terre en êtres vivants. A sa disposition, il a un certain nombre de capacités à distribuer. Mais son frère, Epiméthée (= l’étourdi) le supplie de le laisser s’en occuper. Ainsi, il pourvoie toutes les espèces, aux unes ils donnent des ailes pour s’échapper, aux autres des cornes, etc. Mais arrivé aux hommes, il n’a plus rien. Ce mythe essaie donc de mettre en évidence le parfait dénuement des hommes : ils sont faibles, ne courent pas vite, n’ont pas de moyens de défenses (griffes, cornes, crocs, etc.), n’ont ni carapace, ni fourrure. Brefs, ils sont extrêmement vulnérables. Prométhée, pour pallier l’absence de prévoyance de son frère, va voler alors le feu à Héphaïtos, feu qui va permettre aux hommes de développer la technique, technique qui remplace les moyens naturels de résoudre les problèmes de la survie ( à noter l’intuition des Grecs concernant la maîtrise du feu dans le développement de la technique. Pour les paléontologues, la maîtrise du feu a permis le développement de la technique, pilier fondamental de l’apparition de l’humanité avec la maîtrise du langage). Pour son « forfait », Zeus condamnera Prométhée à être attaché sur un rocher sur lequel un aigle viendra lui dévorer quotidiennement le foie, reconstitué durant la nuit. Hume, dans le Traité de la nature humaine (1738), va reprendre cette idée de l’extrême vulnérabilité des hommes pour expliquer pourquoi ils ont dû se mettre en société. De fait, comme le petit humain est dépourvu de tout, il ne peut répondre à ses premiers besoins sans le secours de ses semblables. Quand il est enfant, il ne peut parvenir à se débrouiller seul. Il a besoin qu’on lui apprenne beaucoup de choses : à marcher, à manger seul, à parler, … L’enfant est complètement démuni, s’il n’a pas l’assistance de ses semblables. L’homme isolé n’est donc pas auto-suffisant. Mais comme il ne dispose d’aucun « outil » naturel, pour survivre, il doit travailler, doit transformer la nature, qui lui est souvent hostile, en s’associant avec les autres hommes afin d’être plus fort. Ainsi, pour s’adapter à son milieu, il va devoir coopérer avec les autres et, pour être plus efficace, diviser le travail. C’est aussi avec les autres, comme nous le dit Kant, que l’homme va chercher à s’affirmer et donc s’employer à mobiliser ses capacités d’invention, de courage, … En effet, c’est son « insociable sociabilité » comme dit Kant qui va permettre à l’homme de développer son intelligence et ses potentialités. En coopérant avec les autres, mais aussi en se mesurant à eux, les hommes vont s’humaniser et ne pas demeurer « dans une vie de bergers d’Arcadie1, dans une concorde, un contentement et un amour mutuel parfaits; les hommes, doux comme les agneaux qu’ils paissent, ne donneraient à leur existence une valeur guère plus grande que celle de leur bétail. » nous dit Kant dans l’Idée d’une Histoire universelle au point de vue cosmopolitique, proposition 4 (1784). Bref, ce ne seraient pas des hommes, mais de simples animaux.

Donc, voilà où nous en sommes : les hommes sont dépourvus de toute défense et de tout outil naturel. Pour pallier cette fragilité, ils vont se regrouper. Se regroupant, ils vont développer leurs capacités par une émulation réciproque. Ainsi, on peut considérer qu’avant d'être une contrainte sociale ou une obligation morale, le travail représente une nécessité vitale. En effet, l'homme doit répondre à des besoins primordiaux (se nourrir, se vêtir, se reproduire, ...). Le travail apparaît donc comme la condition de l'existence humaine. Les hommes ne peuvent se contenter de consommer, mais par le travail, ils produisent ce qui leur est nécessaire en transformant la nature, grâce à la technique qu’ils vont développer au cours du temps. Les hommes produisent donc leurs conditions d'existence, elles ne sont pas inscrites naturellement en eux, comme l’est l’instinct pour les autres espèces.

 

Ce faisant, par sa confrontation à la nature et par l’obligation de la transformer pour satisfaire ses besoins, l’homme va développer la conscience de lui-même. C’est ainsi qu’Hegel nous explique, dans La phénoménologie de l’Esprit (1807) puis dans Introduction à l’Esthétique (1835) que la conscience de soi, et donc du monde, s’acquiert de façon théorique (ce n’est pas notre objet ici) et de façon pratique ce que nous allons préciser. En effet, pour Hegel, la conscience n’est jamais posée comme certitude 1ère et immédiate, mais est le résultat d’un processus d’acquisition qui s’opère à travers des étapes successives, ainsi :

 

  1. Le sujet prend conscience du monde extérieur par son action sur lui.

  2. Il transforme ce monde (pour résoudre ses besoins) : il laisse des traces.

  3. La conscience se reconnaît alors dans ce monde effectivement transformé par elle : elle reconnaît ses traces.

 

De la même façon, Marx va reprendre cette idée que la conscience n’est pas une donnée première, mais un résultat. Ainsi, très rapidement, pour Marx, c’est la matière (=réalité extérieure, la nature) qui est la réalité première, et non pas la pensée. Marx part de la considération des conditions matérielles d'existence des hommes, c’est pourquoi il parle de Matérialisme. En effet, les hommes, avant de penser, de réfléchir, de faire retour sur eux-mêmes, doivent survivre. Pour cela, tout en appartenant eux-mêmes à la nature, les hommes doivent se confronter à la nature (à la matière donc) et la modifier pour résoudre leurs besoins. Ainsi, en travaillant, les hommes extériorisent, réalisent leurs propres capacités : créativité, ingéniosité, habileté, coopération, etc. et ainsi se transforment. Le travail est formateur pour l'humain. En produisant ses conditions d'existence, celui-ci se produit lui-même, il développe ses potentialités, il se réalise. On peut opposer toutefois que l’animal s’adapte également à la nature. Mais l'homme se distingue de l'animal, qui lui agit par instinct, non pas selon un projet conscient et volontaire. D’ailleurs, nous dit Marx, ce qui fait la différence ce n’est pas la qualité des produits (cellules des abeilles = parfaites), mais la nature de l'activité elle-même. En effet, l'homme, par son travail, opère une transformation réfléchie de la nature, ce qui suppose l'élaboration d'un projet. Cela signifie qu'il doit se représenter le but à atteindre avant de mettre en œuvre les moyens pour le réaliser. L'homme se représente à l'avance ce qu'il va faire. Le travail s'inscrit donc dans le temps et présuppose la capacité de différer la satisfaction de ses besoins et d'imaginer la transformation des produits de la nature. C’est le cas par exemple avec l’agriculture : entre le temps où on laboure, où on sème et où on récolte, il se passe des mois. Il y a bien « différance ». Par le travail, l’homme accède alors réellement à l’humanité et échappe à la pure animalité.

Attardons-nous un instant sur ce processus d’acquisition de la conscience. Ainsi, en transformant la nature, les hommes vont se rendre compte que la nature est différente d’eux, ils vont s’en distinguer. Et justement cette distinction, et donc en même temps cette saisie de soi, n’est possible que parce qu’il existe autre chose en dehors d’elle, un monde, une nature auxquels elle est confrontée. Et cette nature va représenter une gêne, un obstacle qui va devoir être surmonté, transformé, etc., et qui va en même temps me permettre de saisir ma situation dans le monde. Je ne suis pas cet objet hors de moi, j'en prends conscience grâce à la confrontation, je m'en distingue. Prendre conscience d'un objet (la proie que je veux attraper pour la manger), c'est le détacher du reste du monde, c'est aussi le penser tout en se distinguant de lui. La conscience ne prend d'ailleurs conscience d'elle-même qu'à titre de cause agissante sur ce qui lui résiste. Et cette résistance peut venir du monde ou de la nature (le corps et les autres sont aussi des résistances qui permettent l’accès à la conscience). La conscience représente ainsi le fruit, le résultat, du processus de développement de la conscience des rapports avec ce qui n'est pas elle, à savoir le monde extérieur d’abord matériel puis social. La conscience n'est donc pas quelque chose d’inné ni d’immuable, mais d’historique, car nos pensées portent l'empreinte de la réalité extérieure à laquelle nous sommes confrontés. La conscience vient donc après-coup, elle est déterminée par les conditions d'existence, et donc en particulier par le travail.

Les animaux, aussi bien que les hommes, ont une activité qui leur permet de survivre. Mais, le travail humain représente une activité transformatrice qui laisse des traces dans le monde, traces dans lesquelles il se reconnaît, qu’il peut garder et améliorer. C’est pourquoi s'il est le propre de l'homme, c'est parce que l'homme est un être qui produit matériellement sa vie pour donner satisfaction à ses besoins élémentaires. Il est le seul animal à produire et à reproduire ses conditions d'existence, à forger matériellement son monde à partir du donné réel.

 

Donc, pour résumer, la survie suppose le travail, lequel suppose la vie sociale qui va permettre la lutte contre la nature. Cette dernière va entraîner le développement de la conscience et d’un monde humain, ou humanisé. Pour aller vite, sans travail pas de conscience et donc pas d’humanité. Ce qui nous amène à notre deuxième partie.

 

II UNE ACTIVITE PROPREMENT HUMAINE

transformation cs de la nature → technique

outils → finalité technique (distinction travail/oeuvre) → production de l’homme par lui-même

 

Pour survivre, l’homme est donc amené à transformer la nature à l’aide de son travail qui consiste en une activité consciente : il identifie un besoin, est capable de le différer pour trouver un moyen de le résoudre. Ce moyen est ce que l’on appelle un art, lequel produit des artifices. Ainsi, dans son premier sens, le mot art signifie toute production qui n’est pas issue directement de la nature, mais qui dépend de l’habileté humaine. Il s’agit donc d’une production artificielle, par opposition à une production naturelle. Ainsi, on parle d’art militaire, culinaire … ce qui signifie la manière de faire une chose selon des règles.

De l’Antiquité au XVIIIè siècle, l’art désigne à la fois l’activité de l’artiste et celle de l’artisan. On a d’ailleurs le même terme : tekhné en grec, ars en latin, qui signifie : savoir-faire. Au XVIIIè, Baumgarten va parler, à propos de l’art, d’esthétique c’est-à-dire d’une théorie de la forme et on parlera désormais de Beaux-Arts. Mais en réalité, la notion d’artiste émergera dès la renaissance italienne (15ème s.) avec Michel-Ange, Raphaël … L’art désigne désormais une activité désintéressée, qui ne recherche pas l’utile, mais le Beau, c’est une activité esthétique et gratuite. La technique recouvre de son côté l’activité de l’artisan, lequel a un but utilitaire, qui utilise des procédés rationnels et qui représente un travail en vue d’un gain.

 

Avant de laisser l’art de côté, nous pouvons retenir que la technique et l’art relèvent de la création, de l’invention par les hommes de quelque chose qui n’existe pas dans la nature. Ces deux activités transforment donc la nature, puisqu’elles apportent quelque chose de nouveau. Mais elles ne se pratiquent pas naturellement ou instinctivement, elles supposent l’apprentissage, la vie sociale, la communication, bref la culture. Elles supposent donc un héritage. La technique et l’art représentent ainsi deux activités proprement humaines, deux activités créées et pratiquées par les humains et sont donc des fruits de la culture. Leur but est de produire un résultat, une œuvre. A ce propos, Hannah Arendt fait une distinction entre travail, le propre de « l’animal laborans » et œuvre, le propre de « l’homo-faber », réservant le travail à toute activité liée à la nécessité et à la répétition, sans « création » d’une production, alors que l’œuvre renvoie à la fabrication d’un objet qui demeure. Hannah Arendt instaure ainsi une hiérarchie, une échelle de valeurs entre ces deux activités. Par exemple : le paysan est cantonné au travail répétitif de la terre, il ne crée rien, comme la femme de ménage nettoie mais ne produit rien. A l’inverse, la couturière produit quelque chose : une robe ou un manteau. Toutefois, si cette distinction peut être intéressante et opérante, elle est peu utile ici à notre propos. Lorsque l’agriculteur laboure, sème et récolte, il s’inscrit bien dans le temps et dans la transformation. On parle d’ailleurs à son propos de culture. Et la couturière vise bien aussi à satisfaire un besoin, celui de se protéger du froid. Le travail n’a en aucun cas rien de méprisable, il est spécifiquement humain et relève de la culture, donc de l’humanité.

L'homme est ainsi un être qui produit matériellement sa vie pour donner satisfaction à ses besoins élémentaires. Il est le seul aussi, pour cette raison, à utiliser des outils, mais aussi à fabriquer des machines.

Le 1er outil de l'homme est la main, nous dit Aristote, main qui lui a permis de fabriquer des outils. Les animaux aussi sont industrieux, ils ont des "outils naturels" = cornes, crocs, ... mais qui sont utilisés par leur instinct, qui se transmet héréditairement. Ils n'ont pas de technique qui, elle, ne se transmet que par apprentissage. Je sais bien que les castors construisent des barrages, que les singes utilisent des bâtons ou que les oiseaux « taillent » des cailloux. Mais dans leur « technique », on ne constate aucune évolution depuis des millénaires, parce que justement il ne s’agit pas d’une activité consciente mais instinctive.

Ainsi, l'animal se sert de son corps comme d'un outil, alors que l'homme interpose, entre le monde et lui, des outils qu'il crée lui-même. Il est le seul capable de fabriquer des outils et de s'en servir. L'outil n'est pas le simple instrument de la main animale (ex : bâton de la main animale), mais il est fabriqué en vue d'une fonction précise.

Pour expliquer cela, voici l’hypothèse de Leroi-Gourhan, préhistorien français du 20ème siècle, et qui vaut ce qu’elle vaut, mais qui est intéressante. Selon Leroi-Gourhan donc, c'est la libération de la main par le passage à la station verticale, la face courte et la disparition des incisives offensives, qui ont commandé l'utilisation des organes artificiels que sont les outils. Cependant, c'est la faculté d'anticiper intellectuellement la fin recherchée qui permet à l'homme de s'en détourner provisoirement, afin d'élaborer des outils, qui sont des objets fabriqués servant à agir sur la nature. Il y aurait d’ailleurs confirmation de cette hypothèse par les paléontologues contemporains de la co-évolution des techniques et du cerveau humain. C’est donc la main qui va permettre le maniement et la fabrication d’outils en vue d’un usage déterminé. Bergson a également affirmé qu’avant d’être homo-sapiens (homme qui sait), l’homme a été homo-faber (homme qui fabrique), dans L’évolution créatrice (1907), que l’on peut rapprocher d’homo-habilis (découvert en 1964). En effet, selon lui, l’intelligence avant d’être désintéressée, contemplative, a d’abord été pratique. L’intelligence consiste en la prise de conscience des rapports : comprendre c’est saisir un rapport. Lorsque l’on fabrique un outil en vue d’un usage déterminé, on saisit bien un rapport. L’intelligence a donc d’abord été une faculté fabricatrice. C’est pourquoi, pour Aristote, la main manifeste la pensée, elle ne se contente pas de toucher ou de saisir passivement, mais elle pressent, cherche, exprime. Par exemple, le menuisier avant de travailler un bois, le touche, cherche son sens. Le menuisier ne s’abat pas grossièrement sur le bois, mais sait « s’y prendre » avec le bois, c’est un « technicien », grâce à la main qui lui ouvre des possibles. Dans son sens premier, la Sophia signifie d’ailleurs le fait de savoir s’y prendre, c’est l’expertise. Ainsi, la technique, en tant qu’elle suppose l’intelligence, comporte déjà de la science, elle ne se résume pas à un savoir-faire immédiat, mais rend possibles et exige les jugements universels, c’est-à-dire des jugements de connaissance. Dans la Métaphysique, Aristote affirme que la technique est un intermédiaire entre la science, purement théorique, et le savoir-faire empirique. De l’expérience, la technique a l’aspect pratique et de la science, elle a la connaissance des causes. Elle est fondée sur des règles précises et a valeur universelle, elle ne se résume pas au simple savoir-faire empirique. D’une certaine façon, la technique pense, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de technique sans pensée. Et ce qu’exprime l’habileté de la main, c’est justement la pensée, laquelle permet d’ailleurs la transmission de la technique.

 

Les outils sont donc fabriqués en vue du travail à accomplir. Ils sont conservés une fois la tâche réalisée. Ils sont perfectionnés et transmis aux générations suivantes. Et c’est parce qu’il n’a pas d’instincts que l’homme doit inventer la technique qui représente la condition de sa survie. Les débuts de l’humanité commencent avec homo-habilis (2,5 - 1,6 millions d’années). La technique représente ainsi la réalisation d’une idée.

Pour autant, l'outil ne représente que la simple prolongation du corps, dont il utilise la force musculaire. A côté de l'outil, ou en plus, l'homme a aussi créé des machines. Si la machine (ensemble de pièces rigides ou élastiques) est également fabriquée par l'homme, elle a une activité indépendante du corps. Il suffit d'appliquer une force à l'une des parties du système pour qu'il se produise, dans une autre partie, un mouvement, le seul possible et précisément adapté à un but utile. Cette force peut aussi être transformée par un travail antérieur (ex : machine à vapeur). Aujourd'hui, bien souvent il ne s'agit plus que d'appuyer sur un bouton.

Ainsi, par la technique, l'homme ne s'adapte plus au milieu, mais s'adapte le milieu en le transformant par le travail, mais aussi par la technique. Pour autant, les besoins auxquels répond le travail ne sont pas uniquement vitaux. Dans la société de consommation, on produit toujours plus pour consommer davantage. Le schéma est inversé : on ne part pas des besoins pour y répondre, mais on suscite des besoins. Ceci pose le problème de la définition des besoins vitaux. Ils ne dépendent pas uniquement de nos besoins physiologiques, mais sont liés à un contexte socio-historique : les besoins d'aujourd'hui ne sont plus les mêmes que ceux d'hier (ex : nécessité de moyens de transports et de communication, car les relations ne se font plus dans un village, mais deviennent mondiales ...). Ces besoins "sociaux" doivent être satisfaits. Et c'est bien parce que l'homme est capable, grâce au travail, de satisfaire ces besoins, qu'il échappe à la pure animalité.

Le travail est le moyen pour l'homme de manifester ce qu'il est, de montrer ce dont il est capable. Ainsi, la manifestation de son intériorité permet, par voie de conséquence, la maîtrise et la transformation de la nature.

 

La machine, comme l'outil, représente le côté sensible de la création humaine, qui démarque l'homme de la nature. Ainsi, la technique ne vise pas seulement des fins pratiques et utilitaires, mais représente une des premières manifestations culturelles de l'homme et en révèle la dignité. Il existe bien une liaison entre l'activité de la pensée et l'activité manuelle.

 

On peut ici rappeler la dialectique hégélienne du maître et de l'esclave. Hegel imagine deux consciences en lutte qui cherchent chacune la reconnaissance en tant que conscience. Une conscience ne peut être reconnue que par une autre conscience et pour Hegel, cela ne peut se passer que sur un mode conflictuel. Ainsi, les deux consciences vont engager une lutte à mort afin de prouver à l’autre sa liberté, afin de prouver qu’elle est autre chose que ce que la nature a fait d’elle. Mais il faut un vainqueur et un vaincu. Celui qui gagne est celui qui est prêt à risquer sa vie, qui est prêt à mourir pour prouver sa liberté, pour prouver qu’il est au-dessus de la nature. Celui qui perd est celui qui préfère la vie à sa liberté, celui qui se soumet à la nature en lui. Ainsi, celui qui a préféré la vie plutôt que la liberté, devient esclave. Il travaille alors pour le maître, mais en transformant la nature, il s'en affranchit. De plus, il se transforme lui-même, il s'humanise : il ne fait pas que consommer, comme le maître qui devient dépendant de lui, mais il élabore le monde (voir le film The servant de Joseph Losey). L'homme se fait en transformant la nature et le travail représente un instrument de libération. Le travail développe des capacités intellectuelles et manuelles, inventives et ingénieuses. Par ailleurs, les hommes travaillent les uns avec les autres, mais aussi les uns pour les autres. Le travail constitue le véritable ciment des relations sociales. Il permet le développement de la pensée et du rapport à l'autre. C'est en cela aussi que le travail humanise.

Ainsi, en transformant la nature, l'homme la rend plus humaine et, en un certain sens, crée le monde. Il se transforme également lui-même et produit sa propre nature. L'homme est le résultat de ses propres actions.

Cependant, si le travail a une valeur positive, n'est-il pas aussi dégradant et aliénant ? Il s'agit ici de faire la distinction entre l'essence du travail et son organisation => ce n’est pas le travail en tant que tel qui est problématique, puisqu’il fait notre humanité, mais c’est son organisation.

Ce qui nous amène à notre dernière partie.

 

III ORGANISATION DU TRAVAIL

Division technique → division sociale

Inégalités → exploitation et aliénation

 

Nous travaillons pour répondre à nos besoins. Pour répondre à ces besoins, soit un même homme fait tout du début à la fin ou s'opère une répartition des tâches, ce que l'on appelle la division sociale du travail. Cette division comporte de nombreux avantages : elle permet une complémentarité selon les dispositions naturelles de chacun. De plus, on exécute mieux une tâche que plusieurs : concentré sur une activité, on peut se spécialiser, développer son habileté et perfectionner ses capacités, ce qui entraîne au bout du compte un produit de meilleure qualité, un progrès technique mais surtout permet la réalisation de soi et la reconnaissance sociale : celui qui a réalisé le travail peut le revendiquer. Par ailleurs, cela évite la perte de temps nécessaire pour changer d'activité. Ainsi, la division du travail permet la diversification, elle a une utilité économique et peut répondre à la pluralité des besoins de l'individu. Elle devrait aussi améliorer les conditions de travail. Enfin, et c’est peut-être le plus essentiel, la division sociale du travail permet les échanges, qui permettent à leur tour la vie sociale. Pour Marx, la coopération est d’ailleurs la première des forces productives.

Cependant, la division du travail a aussi des conséquences négatives. Tant que le travail était divisé en métiers, chaque homme pouvait réaliser un produit dans son ensemble (activité artisanale). Mais avec le développement gigantesque du machinisme, le travail est devenu parcellaire et on a assisté à une division technique du travail en mouvements auxquels sont attachés des hommes (travail à la chaîne). La répétition des mêmes gestes, répartis sur une chaîne de travail, permet certes d'augmenter la productivité. Mais cela entraîne de la monotonie, de l'ennui et surtout manque de sens. Le travail n'est plus individuel et personnalisé, il devient collectif et anonyme: le travailleur ne sait plus, ne voit plus ce qu’il fait. « Les temps modernes » de Chaplin illustrent cela très bien. De plus, il perd l'initiative de son travail. Il est contrôlé et une hiérarchie s'instaure. Une division plus importante entre le travail intellectuel (=conception) et le travail manuel (=exécution) apparaît. Le travail n'est plus qu'un « gagne-pain ». Ainsi l'organisation scientifique du travail entraîne le désintérêt, nuit à la qualité et provoque de l'absentéisme. Pour y remédier, on a d’abord créé un nouveau service dans l’entreprise, le service des ressources humaines, qui a remplacé le service du personnel. Cette expression ressources humaines est problématique en elle-même et dénote une certaine manière de considérer les hommes qui travaillent, une façon de les réifier. Bref, ce service a pour vocation, quand il ne cherche pas le meilleur moyen de licencier les gens, de rendre plus mobiles les postes, de donner l’illusion d'améliorer les conditions de travail et de réduire le temps de travail, alors qu’en réalité il s’agit de mieux attacher les salariés à l’entreprise et de renforcer l’efficacité du travail, tout en permettant soi-disant un développement personnel : voir les week-end, barbecues et autres organisés pour donner l’illusion que l’entreprise forme une famille unie, le but inavoué étant que l’on donne plus quand on se sent bien et en confiance ... Cependant, ce sont la monotonie et la simplification qu'introduit la division du travail qui sont déshumanisantes, pas nécessairement sa pénibilité.

Il n’en demeure pas moins que c'est l'industrialisation qui a permis aux hommes de devenir "comme maîtres et possesseurs de la nature", Descartes, Discours de la méthode, qu'ils la plient davantage à leurs propres besoins et permet l'innovation. Comment alors expliquer cette déviance ?

 

Suite à la division du travail se pose le problème de la répartition des produits du travail. Ce problème est d'ordre moral et politique. En effet, l'homme est-il propriétaire de son travail ? Si oui, comment justifier la propriété des produits du travail d'autrui par celui qui possède les moyens de production ? Par ailleurs, l'organisation du travail fait que certains travaillent plus, alors que d'autres en sont dispensés. Ainsi, ceux qui travaillent doivent produire plus que ce qui leur est nécessaire par un travail supplémentaire.

On peut justifier cela en arguant du fait qu'il existe une répartition des fonctions à l'intérieur de la société et que ceux qui ne produisent pas le travail nécessaire ont néanmoins une utilité pour la société (ne seraient-ce que les enfants par exemple). Mais alors, comment se fait la répartition ? Est-elle égalitaire ? De plus, aucune fonction ne peut justifier que l'on « bénéficie » du travail des autres. Cependant, les propriétaires des moyens de production « donnent » du travail et un salaire. Mais on pourrait tout aussi bien considérer qu’ils le « prennent »...

Si nous suivons l’analyse de Marx, ce dernier affirme que tout le travail salarié n'est pas payé. En effet, le travailleur ne travaille pas uniquement pour créer une valeur égale à son salaire, sinon le profit ne serait pas possible. La force de travail produit toujours plus qu'elle ne coûte (ex : le salaire est fixé pour renouveler la force de travail : 6 H peuvent suffire, mais si le salarié travaille 12 H, cela dégage une plus-value de 6 H. Si le salaire horaire est de 10 euros, pour sa journée de travail, le salarié touche 60 euros, mais a produit pour 120 euros, soit une plus-value de 60 euros). Il existe donc une différence entre la valeur de la marchandise produite (= travail fourni = 120 euros) et la valeur de la force de travail consommée (= coût du travail = 60 euros). C'est la plus-value qui permet de dégager le profit et ce profit est considéré par Marx comme une extorsion. Plus la journée de travail est longue, ou plus l'ouvrier crée rapidement de quoi renouveler sa force de travail, plus le profit est grand. On voit bien ici la forfaiture de ceux qui affirment que le coût du travail est trop élevé. Aux yeux de Marx, il y a donc exploitation. Cela dit, il faut bien dégager du sur-travail pour financer les investissements, les locaux, les machines, etc. Ce n’est pas ce sur-travail qui est immoral, mais c’est le bénéfice que les actionnaires se mettent dans la poche en s’appropriant le travail d’autrui.

Les capitalistes justifient le profit par le fait qu'ils sont propriétaires des moyens de production, soit. Mais, pour le travailleur, le travail n'est plus la manifestation de sa vie, il n'est plus qu'un moyen d'existence. Il n'est plus affirmation de l'être, mais sa négation. Au-delà alors de l'exploitation, qui n'est qu'économique, le travail est aliénation.

Le sens premier du terme d'aliénation est juridique, il signifie céder ou vendre à autrui un bien qu'on possédait. L'aliéné, c'est aussi celui qui ne s'appartient plus, qui est autre (le fou). L'aliénation, au sens de l’objectivation (= sortir de soi, devenir autre) est un moyen indispensable à l'être pour se réaliser. En transformant la nature, l'homme peut manifester « objectivement » l'humanité à l'extérieur de lui-même (voir plus haut l’acquisition pratique de la conscience) . Le monde créé par l'homme et la nature transformée par lui sont les miroirs où il se reconnaît en tant qu'homme. Cependant, quand le travailleur n'est plus le propriétaire des produits de son travail, il est dépossédé, il ne se « reconnaît » pas dans son travail, il s’y sent étranger, il y a donc aliénation. Il y a mise en valeur de l'objet produit au détriment de l'homme qui le produit. L'homme est rendu étranger à ce qu'il crée, aux fruits de son travail et de sa production, en quelque sorte étranger à lui-même. Le travail, au lieu d'humaniser, devient alors facteur de déshumanisation, car il devient un simple moyen d'existence, et non pas une libre activité. C'est en cela que l'aliénation excède l'exploitation, qui elle n'est qu'économique.

L'exploitation et l'aliénation ont également comme corollaire le développement de la technique.

 

L'ampleur prise par la technique est liée à la notion de progrès qui a tant fait rêver. Au 18è s., siècle des Lumières, ce progrès était source de grand espoir et correspondait à l'idéologie conquérante de ce siècle et à sa foi dans les progrès techniques et moraux de l'homme. Déjà Descartes, lorsqu'il énonçait cette phrase : "se rendre comme maître et possesseur de la nature" (Discours de la méthode), ajoutait que c'était pour rendre "les hommes plus sages et plus habiles." C'est un fait, le développement de l'industrie au 19è s. a permis à l'homme de prendre conscience des actions mises en jeu dans les machines qu'il invente, qu'il les plie à ses propres besoins, qu'il les recrée en fonction de ses propres exigences. Ainsi, nous ne cesserons pas de le souligner, en même temps qu'il crée, l’homme se crée lui-même. Avec le 20è s., une nouvelle étape a été franchie. Jusqu'alors, la machine était dirigée par l'homme. Aujourd'hui, l'homme a appris à la machine à se diriger elle-même. Pour autant, la machine ne pense pas, elle ne peut effectuer que ce que l'homme lui a programmé de faire.

Ainsi, la technique a pour fin d'améliorer, de conserver la vie. Elle n'est pas une fin en elle-même, elle ne doit être qu'un moyen au service de l’homme. Or, n'assistons-nous pas aujourd'hui à une déviance de la mission première de la technique qui pourrait nous faire croire que l’on peut se passer du travail et donc des hommes ? En effet, si la technique n'est qu'un moyen pour améliorer, faciliter la vie de l'homme, elle pousse toujours la technique à se développer et à créer sans cesse des besoins, besoins qui vont à leur tour nourrir la technique. Le travail humain a fini par s'automatiser et à se fragmenter en tâches parcellaires que l'homme accomplit sans comprendre. On assiste alors à une dévalorisation de l'homme et à une valorisation de l'objet technique. La société industrielle a certes augmenté les richesses, mais en même temps a abaissé les individus en les privant de tout réel développement humain et spirituel. Le travail est devenu abrutissant, même s’il est parfois moins pénible. Ce n’est d’ailleurs pas tant la pénibilité du travail qui était contestée par les mineurs fiers de leur métier, que les conditions dans lesquelles il avait lieu. Le but est d'augmenter toujours l'efficacité et donc de diminuer le besoin de réfléchir. On en arrive au point que celui qui utilise les machines ou qui en bénéficie, n'en comprend pas les processus, d'où une certaine extension de l'ignorance humaine.

On parvient ainsi à une espèce d'absurdité : la technique, qui avait pour but premier de libérer l'homme des tâches serviles, en arrive à devenir un système d'oppression et de domination, lié à la poursuite irrationnelle du profit. L'homme est devenu le moyen de la technique.

Entendons-nous, il ne s'agit pas de rejeter la technique en bloc. Elle continue à être ce qui fait la dignité de l'homme. Le problème réside plutôt dans l'usage que l'on en fait et qui peut en venir à asservir l'humanité, à la traiter comme une marchandise, mais aussi qui peut mener à la destruction de l'homme. Les exemples des contradictions fondamentales de la technique ne sont que trop nombreux : guerre atomique, pollution, déshumanisation des conditions de vie ... De plus, il s’agit également de considérer les effets de la technique à plus long terme et donc de prendre aussi nos responsabilités vis-à-vis des générations futures. Ainsi, les choix techniques ont des conséquences politiques et morales. Or, ce n'est pas la technique qui peut résoudre le problème des fins dernières de l'homme, mais c'est la pensée, la réflexion.

 

CONCLUSION

Dans les sociétés industrielles avancées, le confort, les conditions de travail et la productivité se sont améliorées. Cependant, la division du travail et le chômage ne font qu'augmenter. La perte du sens du travail, ainsi que sa dévalorisation conduisent à l'insatisfaction. On ne peut donc que constater que les conditions modernes de travail n'ont pas libéré le travailleur, ni permis la réalisation de l'individu. Au contraire, elles l’ont maintenu dans l’aliénation (ex du burn out). Pourtant, le travail garde une valeur, il représente un droit et reste un signe de dignité. Il est facteur de lien social et nous libère de la domination absolue de la nature. Le travail demeure donc une dimension fondamentale de la vie et on ne voit pas bien comment on pourrait s’en passer sous peine de perdre une partie de ce que nous sommes. Et comme nous l’avons souligné, il participe de notre accès à l’humanité. Seulement, les conditions dans lesquelles il s’effectue sont loin d’être encore satisfaisantes, voire se dégradent toujours davantage pour une bonne partie des humains de cette planète.

Par ailleurs, nous ne devons pas oublier que c'est la machine qui doit dépendre de l'homme, et non l'inverse. Il faut absolument rappeler et revendiquer cette dépendance, aussi bien au nom de la vie que de l'être conscient ou moral qu'est l'homme. Le paradoxe serait en effet que l'humanité ne parvienne à la maîtrise de la nature qu'en devenant entièrement esclave de la technique, voire qu'elle participe à sa propre fin.

 

Si je reprends rapidement le schéma de ce que j’ai voulu vous montrer ce soir, on peut considérer que le travail est une condition de notre accès à la conscience, donc d’accès à notre humanité. En effet, la confrontation au réel est nécessaire pour pouvoir s’en distinguer, s’en mettre à distance. Vouloir supprimer le travail est donc non seulement illusoire d’un point de vue pratique, mais destructeur d’un point de vue humain. Travailler, c’est s’humaniser, « seul le barbare est paresseux » Hegel, Principes de la Philosophie du droit. Et je crains pourtant que ce soit hélas ce vers quoi nous allions, non seulement au niveau du travail en tant que tel, mais aussi au niveau de l’instruction : être exigent, demander des efforts, est devenu quelque chose d’indigne : il faut laisser « l’apprenant » apprendre par lui-même : il n’y a pas là de pire mépris des enfants.

1 Existence symboliquement innocente, une sorte de paradis perdu


Partager cet article


Programme

Vendredi 13 janvier 2017, 18h30-20h30 Le travail comme question philosophique Marie-Pierre FRONDZIAK, Professeur de philosophie Vendredi 10 février 2017, 18h30-20h30 Critique de la religion - La question de l’islam Yvon QUINIOU, Professeur de philosophie Vendredi 10 mars 2017, 18h30-20h30 Le Capital ou le travail mort Denis COLLIN, Professeur de philosophie Vendredi 12 mai 2017, 18h30-20h30 La Laïcité Christophe MIQUEU, maître de conférence en philosophie Vendredi 9 juin 2017, 18h30-20h30 La Violence sociale Jacques COTTA, journaliste, producteur Les conférences ont lieu à l'université d'Evreux, rue du 7ème chasseur quartier Tilly. SEMINAIRE FREUD Séminaire consacré à la lecture de l’oeuvre de Freud proposé par Marie-Pierre Frondziak, professeur de philosophie L’objectif de cette lecture vise à montrer, qu’au-delà de la thérapeutique, la psychanalyse offre un véritable système de pensée. Vendredi 27 janvier - L’avenir d’une illusion (suite) Vendredi 3 mars - L’avenir d’une illusion (fin) Vendredi 31 mars - Marcuse et la désublimation répressive (I) par Denis Collin Vendredi 28 avril - Marcuse et la désublimation répressive (II) par Denis Collin Vendredi 26 mai - Conclusion : la portée de l’oeuvre de Freud Texte de référence: L'avenir d'une illusion (collection Points Essais au Seuil) Les séances se déroulent de 20h à 22h à la Mairie d’Evreux Salle Jacqueline Duval