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 MYTHES DU XXe SIÈCLE

Note : 2.8/5 (36 notes)

 


I)                   Introduction

À notre époque, la notion même de mythe est fort dévaluée. On dira d’une équipe de football, d’une star, d’un concert qu’ils sont « mythiques. » En ce cas, l’adjectif devient un superlatif si absolu qu’il ne renvoie plus à rien : on ne compte plus les « matches du siècle » ! À l’inverse, dire d’un phénomène quelconque : « C’est un mythe », c’est le déconsidérer, le réduire à l’état de mensonge ou même nier purement et simplement son existence. Au mieux, le mythe est relégué dans l’archaïsme : il concerne les prétendus « primitifs », les vénérables sociétés antiques et quelques pays « sous-développés » qui y échapperont quand ils connaîtront les bonheurs de notre civilisation occidentale. Nous sommes, nous, « occidentaux »[1], entrés dans l’ère de la science et de la technologie, du rationalisme, de la productivité et de la rentabilité : les mythes n’ont plus de place dans nos sociétés. Nous avons opéré ce « désenchantement du monde » dont parlait le sociologue Max Weber (1864-1920).

Cependant, le propre du mythe est que celui qui y croit, qui le tient pour vrai, ne sait pas qu’il s’agit d’un mythe. Le mythe est, au sens exact que Karl Marx donnait à ce mot, une expression de l’idéologie, c’est-à-dire de la « fausse conscience » : une connaissance erronée et aliénée du monde qui renforce son erreur par la certitude qu’elle a d’être dans le vrai.

   C’est dans l’Athènes du Ve siècle avant J.C. que le terme  mythos  devient synonyme de fable, d’invention gratuite. Quelques « intellectuels » (comme on ne disait pas alors) se rient des croyances populaires au nom d’un savoir qui se veut positif. Les mythes n’en perdurent pas moins et de nouveaux se forgent.

Trois questions se posent pour nous : sommes nous si bien débarrassés de la pensée mythique ? Le « désenchantement du monde » ne serait-il pas lui-même un nouveau mythe ? L’imaginaire mythique aurait-il cessé de fonctionner dans les sociétés dites développées ?

II)                PERMANENCE DE LA PENSÉE MYTHIQUE

La réponse à ces trois questions est d’emblée : NON. La pensée mythique n’a pas cessé d’exister. Les travaux de Roland Barthes (Mythologies, 1957) ou d’Umberto Eco (De Superman au Surhomme, 1978 ; La Guerre du faux, 1985  ) le montrent suffisamment. Déjà, Karl Marx relevait ceci :

« On a cru jusqu’ici que la formation des mythes chrétiens sous l’Empire romain n’a été rendue possible que parce que l’imprimerie n’était pas encore connue. La vérité est tout autre. La presse quotidienne et le télégramme qui en répand  instantanément les inventions sur tout le globe fabriquent plus de mythes en une seule journée qu’on a pu autrefois en fabriquer en un siècle.[2] »

Que dire aujourd’hui ou la presse écrite et le télégramme sont supplantés par tant d’autres médias : non seulement les mythes existent mais ils foisonnent. Jamais il n’y eut de période plus favorable à l’éclosion des mythologies que la nôtre !

L’expression « pensée mythique » demande explication : le mythe apparaît d’abord comme un récit fondateur à valeur explicative. Les cosmogonies rendent compte de la naissance du monde ou de sa création et répondent à leur façon à la fameuse question : pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Ils expliquent les phénomènes naturels par l’intervention de divinités plus ou moins anthropomorphes : la colère de Zeus ou de Thor explique l’orage, celle de Poséidon les séismes… En ce qui concerne l’humanité, elle est sous l’égide d’une figure divine et civilisatrice : Prométhée, Quetzatcoatl, Odin, Romulus, Héraklès… Sur ce fonds, se greffent les légendes, récits qui tournent autour de la figure d’un héros et renvoient à une réalité historique plus ou moins déformée (Héraklès, Achille et la guerre de Troie, Gilgamesh, Roland…).

On peut sourire de telles manifestations d’irrationalité patente. Pourtant le monde moderne n’en est pas dépourvu : pullulement de sectes plus ou moins millénaristes ; abondance de thaumaturges et devins en tout genre ; foules fascinées par un homme politique (Hitler, Staline, Mao), un groupe musical (la « Beatlemania »), un club sportif. On peut certes expliquer ces phénomènes par un contexte historique particulier, des déterminismes culturels ou une régression vers une pensée « pré-logique » (comme disait Durkheim). Explications utiles, et même nécessaires, mais qui ne peuvent éluder le fait que ces phénomènes (et bien d’autres, moins spectaculaires) sont sous-tendus par une approche mythique de la réalité.

   L’anthropologie, l’ethnologie et l’étude comparée des mythologies ont dégagé depuis longtemps des traits communs aux productions mythologiques (et autres) de l’esprit humain. Ces traits communs, on les appelle des mythèmes. Exemples : invulnérabilité relative du héros ; paradis situé à l’ouest ; la femme fatale ; les frères ennemis… Les « légendes urbaines », ces rumeurs absurdes qui parcourent de temps à autres nos sociétés reposent sur ces mêmes constantes, ces mêmes mythèmes. La culture populaire d’hier et d’aujourd’hui, comme la culture la plus relevée, ne cesse  d’utiliser et de recycler ces mythèmes.

III)             QUELQUES EXEMPLES

1)      Le mythe de l’extraterrestre 

-           Existe-t-il une vie extraterrestre ? Démocrite et son disciple, Métrodore de Chios, (IV avant JC) sont les premiers à se poser la question. Le thème devient par la suite littéraire et permet de développer une satire des institutions humaines, par exemple chez Lucien de Samosate (Histoire véritable, II après JC) ou chez Cyrano de Bergerac (L’Autre Monde, 1657). Dans une toute autre visée, Fontenelle aborde le fond du problème (Entretiens sur la pluralité des mondes, 1686). Celui-ci n’est toujours pas résolu à ce jour. Néanmoins, force est de constater que la figure mal discernable de l’extra-terrestre a hanté et hante encore nos sociétés « modernes. »

-           Il est deux façons de concevoir l’ET : le « visité » (les hommes débarquent sur une planète où existe une vie plus ou moins intelligente et intelligible) ou le « visiteur » (des êtres venus d’ailleurs arrivent sur notre planète).  Dans le premier cas, le thème est demeuré purement littéraire (ou cinématographique) mais n’est jamais devenu un mythe. Il a permis d’imaginer des formes biologiques, sociales, culturelles très diverses. Souvent, il a servi une critique politique ou sociale : voir le récent Avatar (qui utilise les mythèmes de l’ET, celui du western et celui d’un âge d’or écologique).

-           En revanche  le « visiteur », après avoir été longtemps un simple thème de la littérature de science-fiction, est, lui, devenu un mythe. L’apparition de ce dernier est précisément datable : il naît à la suite de la deuxième guerre mondiale, aux États-Unis. Un certain Adamsky, prétend avoir rencontré des extraterrestres, être monté à bord de leur « soucoupe volante » (flying saucer) et avoir, avec eux, contourné la lune dont la face cachée est couverte de lacs, de forêts et de villes. Ce « témoignage » devient un succès de librairie !  Dès lors, on assiste à une accumulation de « témoignages » du même acabit : les « soucoupes volantes » semblent se multiplier dans le ciel américain. Pour décrire le phénomène, les autorités inventent le terme : UFO (unidentified flying object) qui deviendra, en français : OVNI, à partir de 1972. Suit, dans les années 1950, la « rumeur de Roswell » (Nouveau Mexique) : un vaisseau extra-terrestre se serait abîmé près d’une base militaire américaine ; les survivants seraient prisonniers des Etats-Unis dont le gouvernement aurait des contacts avec la planète d’origine. Au mythe des extra-terrestres, s’ajoute ici le mythème classique du complot : les autorités savent mais se taisent. Le psychologue Carl-Gustav Jung reçoit des patients qui ont vu des « soucoupes volantes » ou en rêvent (Un Mythe moderne, 1960). Il analyse leurs fantasmes comme un désir de paix et d’harmonie, représenté par l’archétype de la sphère.

-           On ne peut comprendre une telle ascension rapide du mythe que dans le contexte de la « guerre froide ». Une terreur pèse sur l’humanité : celle de la guerre nucléaire. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les films américains d’alors. Dans Le jour où la Terre s’arrêta de Robert Wise (1951) un sympathique extraterrestre, accompagné d’un improbable robot, vient faire régner la paix sur la Terre. Dans les mêmes années, L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel (1956) montre l’intrusion pernicieuse d’extra-terrestres qui prennent la forme d’êtres humains réels, éliminent ceux-ci et colonisent peu à peu une bourgade américaine. Une seule chose les distingue de nous : ils ne ressentent aucune émotion. Des séries télévisées,  comme Les Envahisseurs et V, reprendront la même thématique : ils sont là, dangereux et invisibles, presque semblables à nous et nous menaçant. Cette vision américaine de l’extra-terrestre coïncide très précisément avec la vague du maccarthysme qui déferle alors sur les Etats-Unis. Elle ne fait que reprendre le slogan : a red is under your bed (il y a un rouge sous votre lit). L’extra-terrestre, c’est le communiste, l’agent de l’URSS.

-           L’extrême plasticité de ce mythème permet toutes les déformations possibles. Ainsi de la Guerre des Mondes,  le roman d’H.G. Wells (1898), qui constitue un paradigme pour toute fiction dépeignant une invasion de la terre par des créatures venues d’ailleurs. Wells était socialiste et appartenait à la Fabian society. L’idée de son roman, narrant l’invasion de la Terre par les Martiens, lui est venue d’un échange de vues concernant la brutale colonisation de la Tasmanie. Il a souhaité en rendre compte du point de vue du colonisé confronté à une puissance technologique et indifférente dont il n’a jamais eu la moindre idée. Le thème sera repris mais la vision progressiste et humaniste de l’auteur oubliée. L’émission radiophonique d’Orson Welles (1938) a provoqué, dans l’est des États-Unis, une forme de panique (dont on a d’ailleurs beaucoup grossi la portée) : certaines personnes, prenant l’émission en cours, ont réellement cru à une attaque martienne. Il y eut de la panique, quelques émeutes, des suicides : c’était le temps où s’annonçait une guerre, où l’on ne voyait pas la sortie d’une crise économique douloureuse pour les travailleurs. Après la guerre, le film de Byron Haskin (1953) présente une Guerre des mondes où, comme il se doit, le martien est un rouge. L’envahisseur féroce disparaît ensuite, peu à peu, des écrans et de l’imaginaire public, sauf dans les séries télévisées.

-            Soudain, comme un aérolithe, le film de Spielberg (2005) tombe et reprend ce thème qu’on aurait pu croire désuet. Sauf sur quatre points, secondaires ici, l’œuvre est très fidèle au roman de Wells. Pourtant, deux choix très clairs sont opérés : le héros, après le premier soir de l’invasion martienne, découvre les ruines de sa maison écrasée sous l’épave d’un Boeing 747 : la référence aux attentats du 11 septembre 2001 est immédiate et renforcée par le fait qu’à la fin du film, le dernier engin martien finit sa course sur une tour. De plus, le premier tripode qui apparaît surgit dans une rue, soulevant, en un véritable séisme, le macadam : l’ennemi était déjà là, depuis longtemps, en sommeil et attendant l’heure de son terrible réveil. Le traitement du sujet est le même que dans les années 1950 mais, cette fois l’extraterrestre n’est plus un communiste : le terrorisme islamiste (Al Qaeda) est le nouvel ennemi.

-           S’il était besoin de montrer la plasticité de ce mythème, il suffirait de se référer aux années 1970 : au temps béni du mouvement hippie (Peace and Love) et d’une recherche spirituelle qui ne reculait ni devant le syncrétisme, ni devant la naïveté. Un album des Pink Floyd (Wish you where here, 1975) fait clairement référence, dans sa pochette, à la série Les Envahisseurs. Cette fois-ci, cependant, l’arrivée des extra-terrestres sur notre planète n’est ni redoutable, ni redoutée : au contraire, il s’agit d’appeler la venue de ces nouveaux messies. Dans le même temps, deux films de Spielberg (Rencontres du troisième type, 1977 et ET, 1982) abondent en ce sens. En ce qui concerne le premier nommé, la fin est particulièrement intéressante : une foule d’humains se dirige, dans une sorte de communion extatique, vers le vaisseau spatial où l’on aperçoit l’ombre des « visiteurs. »

-           Actuellement, il semble que le mythe de l’extraterrestre connaisse une éclipse : elle sera de courte durée, comme semble le prouver le succès récent du film Avatar. Le mythème de l’envahisseur ou du visiteur resservira un jour, remodelé, reformulé, à d’autres fins idéologiques.

 

2)      Le mythe du Vampire

-           Le vampire aurait pu n’être qu’une particularité folklorique de l’Europe centrale, si un brave prêtre, lorrain et érudit, Dom Calmet ne l’avait fait connaître à l’Occident. Sa Dissertation sur les revenants en corps, oupires, vampires, brucolaques… (1751) connaît un vif succès. Le terme « vampire »  devient populaire : Voltaire l’emploie, dans son Dictionnaire philosophique, pour désigner les banquiers ; Buffon choisit ce nom, dans son Histoire naturelle, pour baptiser une chauve-souris des plaines argentines qui suce le sang des bovins.

-           Avec l’avènement du romantisme, le thème devient littéraire : Keats, La belle Dame sans merci (1820 ; Hugo, Han d’Islande (1823) ;  Gautier, La Morte amoureuse (1836), etc. 

-           Il faut un chef d’œuvre pour que le thème littéraire devienne un mythe : Dracula de Bram Stoker (1897). Stoker fonde sa fiction sur le souvenir de Vlad Tepes, dit Drakul, célèbre seigneur transylvanien du XVe siècle, connu pour son extrême cruauté, auquel il n’emprunte guère que le nom de son héros. Il songe aussi à Erzsébeth Bathory, cette comtesse hongroise qui, au XVIIe siècle, faisait enlever de supposées vierges pour les torturer et se baigner dans leur sang. Stoker reprend le folklore d’Europe centrale. Vers la moitié du roman, le docteur Van Helsing, spécialiste en vampiriologie, expose tout ce qu’il sait du vampire. Stoker utilise alors ce qu’il connaît de la mythologie coutumière. Il la modifie cependant : l’authentique vampire transylvanien redoute les fleurs d’ail qui deviennent sous la plume de l’écrivain irlandais des gousses. Stoker invente également le fait que le vampire ne se reflète pas dans un miroir.

-           Le mythe du mort-vivant qui se nourrit du fluide vital des hommes est universel : les goules arabes, les renardes de la Chine ancienne, les succubes et incubes du Moyen Âge occidental, l’attestent. Nous sommes bien en présence d’un mythème. Les raisons de cette universalité tiennent toutes à la finitude de la condition humaine : la fascination du fluide vital (sang, sperme) , si précieux ; le désir d’une vie éternelle. Il convient d’y ajouter une dimension érotique présente chez Stoker (voir la première partie du roman : L’Invité de Dracula)  et, plus encore, chez son prédécesseur, Sheridan Le Fanu ( Carmilla, 1871) où le thème du vampirisme est associé à celui de l’inversion sexuelle. Il faut y ajouter la dimension nocturne et onirique qui fait partie de l’expérience humaine la plus commune et la plus inquiétante. Il est probable que le thème du vampire ne serait pas devenu un mythe moderne sans le cinéma : Nosferatu le vampire de Murnau (1922), Dracula (1931) et La Marque du vampire (1935) de Tod Browning avec Bela Lugosi dans le rôle principal, Vampyr de Carl Dreyer (1932) mettent en exergue l’onirisme (souligné par les jeux du noir et blanc) et insistent sur le caractère érotique de l’acte vampirique. Les films de Terence Fisher avec Christopher Lee (Le Cauchemar de Dracula, 1958 ; Dracula, prince des ténèbres,  1965, etc.) renforcent ce dernier aspect : la morsure du vampire cause chez sa victime un véritable orgasme.

-           La plasticité du mythe est à la fois énorme et limitée quant à son sens. Le vampire peut incarner le banquier (Voltaire), le juif (chez les antisémites comme Drumont, à la fin du XIXe siècle), le capitaliste (dans la propagande socialiste de la même époque), le bolchevik (dans les journaux occidentaux des années 1920), le nazi, etc. Le Vampire, c’est toujours  l’Ennemi, l’Autre, l’incarnation du Mal absolu, tout à la fois repoussant et attirant.

-           Ce mythe a connu une éclipse. On aurait pu le croire mort et pourtant, il nous revient ! Une mauvaise série télévisée à succès (Buffy contre les vampires), quelques romans et films (Salem de Stephen King ; Entretiens avec un vampire d’Ann Rice) vont assurer sa survie. Aujourd’hui, le vampire est, si l’on ose dire, en pleine lumière. Le succès mondial de la « saga » Twilight l’atteste : il repose sur deux mythèmes connus : celui du mort-vivant et celui des amours adolescentes contrariées (la référence à Roméo et Juliette est explicite) auquel s’ajoute l’image familière d’un lycée américain tel que le présentent les séries télévisées (le campus, le bal de fin d’année…).

-           Les adolescents que passionne Twilight s’intéressent aussi à une autre forme de mort-vivant : le Zombie. Voir la tétralogie de Georges Romero, notamment le premier film : La Nuit des morts-vivants (1968). Actuellement, il existe de nombreux jeux vidéos à partir du mythe du zombie.

 

IV)             QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR LES MYTHES MODERNES

1)      La fonction sociologique du mythe

   Dans les sociétés archaïques, antiques et même dans l’Occident médiéval, le mythe a clairement une fonction religieuse : il relie. Il donne une vision unitive du monde, en organise l’appréhension. Il fonde une société et lui permet de durer. Voir, à cet égard, les travaux (sur bien des points contradictoires) de Mircea Eliade, de Claude Lévi-Strauss ou de René Girard (La Violence et le sacré).

    Le mythe moderne a, au contraire une fonction dissolvante : il sert à singulariser une micro-société, à la séparer de l’ensemble. Exemples : James Dean ou Elvis Presley qui ont servi à forger l’image du teen-ager et à créer l’idée de conflit des générations ; les tee-shirts à l’effigie de Che Guevara, de Ben Laden ou porteur d’un A cerclé (qui vont de pair avec une totale méconnaissance des idéologies ainsi véhiculées) ; le vampirisme et le succès de Twilight qui sert de base à une pseudo-communauté d’âge.

2)      Le mythe moderne, objet de parodie

   Dans les sociétés où le mythe est tenu pour l’expression de la seule vérité, il ne saurait être question de jouer avec ! Dans la Grèce antique, il faut attendre le Ve siècle pour qu’une critique apparaisse : encore cette critique génère-t-elle de nouveaux mythes (Platon et l’Atlantide). Il faut attendre un Épicure (341-270) pour que les dieux soient effectivement congédiés (ils existent mais n’interviennent pas dans les affaires humaines).

   Le mythe moderne semble au contraire appeler presque immédiatement sa parodie. Exemples :

ET : En littérature : Martiens go home ! de Fredric Brown (1954) ;  au cinéma : Independance Day de Ray Emmerich (1996) ; Mars Attacks de Tim Burton (1996).

Vampirisme : Dracula père et fils de Claude Klotz (1974) ; Le Bal des vampires de Roman Polanski (1967).

V)                CONCLUSION

Le caractère universel des mythèmes, leur réutilisation, leur recyclage permanent s’expliquent simplement par notre condition humaine. Nos désirs, nos aspirations, nos terreurs, nos cauchemars sont partout les mêmes. Les diverses conditions géographiques, écologiques, culturelles, politiques ne jouent qu’à la marge : elles influent sur le traitement du mythème, sur la signification qu’on lui fait revêtir, presque jamais sur sa forme (ou alors par la combinaison de plusieurs mythèmes). Si aujourd’hui, dans nos sociétés dites « modernes », nous faisons une consommation effrénée de mythologies jetables, c’est que le mythe a perdu toute valeur fondatrice et socialisante et n’a plus qu’une fonction délétère. Au-delà de ce constat, la place est ouverte à une analyse politique. Ce n’était pas l’enjeu, ni le sujet, de cette conférence.

 

 



[1] Cette notion même est un mythe : le bouleversement géopolitique du monde contemporain l’atteste. On est « l’Occidental » par rapport à un autre.

[2] Karl Marx : lettre à KUGELMAN, 27 juillet 1871.

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